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Les plus de 50 ans sont toujours plus nombreux à retourner vivre chez leurs parents

Image du film Marie-Francine, de et avec Valérie Lemercier.

Image du film Marie-Francine, de et avec Valérie Lemercier. - DR

Après les Tanguy, les Marie-Francine? Dans son nouveau film, qui sort ce mercredi, Valérier Lemercier campe une quinquagénaire obligée de retourner vivre chez ses parents. Un phénomène de moins en moins marginal, explique sur RMC.fr le sociologue Sergé Guérin, auteur de La guerre des générations aura-t-elle lieu? (éd. Calmann-Lévy).

Serge Guérin est sociologue, professeur à la Paris School Business (PSB). Il est l’auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont La guerre des générations aura-t-elle lieu? (éd. Calmann-Lévy)

"On ne connaît pas exactement le nombre des quinquagénaires qui retournent vivre chez leurs parents, mais ce qui est sûr c'est que ça se développe (selon l'Institut national d'études démographiques, 3,2 % des hommes et 2,4% des femmes de 50 ans cohabiteraient avec leurs parents, NDR). Ça ne représente pas des masses insensées de personnes, mais c'est un phénomène qui était totalement résiduel il y a 10 ans et qui prend de l'ampleur aujourd'hui. Il y a des raisons objectives à ce phénomène: la crise économique et la crise du logement.

Les accidents de la vie que sont les séparations ou le chômage se développent et touchent encore plus qu'avant les quinquagénaires. Le chômage des plus de 50 ans a augmenté de 10% en 2016. Les loyers sont très élevés et quand on se retrouve célibataire et/ou demandeur d'emploi, on n'a plus le choix et on retourne chez ses parents.

"Le retour de la solidarité familiale"

Après, il y a des données qui sont plus sociologiques. Il y a tout bêtement le fait que les gens vivent plus longtemps que les précédentes générations, donc vous avez plus de parents qui ont aujourd'hui 70 ans. Un autre élément qu'il faut prendre en compte pour expliquer ce phénomène, c'est le retour de la solidarité familiale. Comme les enfants une fois adultes aident leurs parents âgés, les parents âgés aident leurs enfants adultes. L'un des vecteurs les plus solides aujourd'hui, c'est la famille. Forcément, ça joue.

Aujourd'hui les gens partagent plus de choses au sein de leur famille qu'hier. La séparation entre les générations est moins forte. Quelqu'un qui a 70 ans, si lui-même n'a pas été touché par le chômage ou un divorce, sait que ces phénomènes existent. Donc si leurs enfants sont touchés, ils ne sont pas surpris et sont prêts à donner un coup de main, y compris en les accueillant de nouveau chez eux. La société évolue, mais les comportements aussi. Les parents savent que la vie est plus difficile aujourd'hui.

"Fini la guerre des générations"

Aujourd'hui il n'y a pas de guerre des générations, que ce soit entre les 70/50 ans comme entre les 25/45 ou 60 ans. Les générations partagent aujourd'hui plus de choses entre elles, sont plus en lien, échangent plus que les générations précédentes. Il n'a échappé à personne que le chômage a augmenté, que les divorces ont augmenté."

Propos recueillis par Philippe Gril