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"On arrête le massacre des innocents": la fronde des éleveurs de canards face à la grippe aviaire

Elevage de canards (illustration)

Elevage de canards (illustration) - AFP

Dans "Charles Matin" ce mercredi sur RMC et RMC Story, Serge Bousquet-Cassagne, président de la Chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, assure que les éleveurs de canards n’abattront plus préventivement leurs animaux en raison de l’épidémie de grippe aviaire.

La colère gronde dans le Sud-Ouest. Face à l’épidémie de grippe aviaire, les volailles et palmipèdes de plein air doivent de nouveau être confinés partout en France depuis le 10 novembre. Et depuis l’été, plus de 770.000 animaux ont déjà été abattus. En novembre 2021 et le printemps 2022, l'épizootie d'une ampleur inédite avait obligé à un plan massif d'abattage de plus de 20 millions de volailles. Mais pour les agriculteurs, ces nouvelles mesures sont insupportables. Président de la Chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, Serge Bousquet-Cassagne refuse désormais de se plier aux injonctions de la préfecture.

"Cela fait sept ans que la grippe aviaire sévit en France et cette grippe aviaire, je la qualifierais d’administrative par moments, puisque on abat préventivement, avant que les animaux soient malades, explique-t-il dans ‘Charles Matin’ ce mercredi sur RMC. Pour préserver, parait-il, nos capacités ‘exportatives’. Mais bientôt, on n’aura plus rien à exporter puisqu’on n’a plus de canards. Et on ne fera que les importer. L’an dernier, on nous a fait confiner nos animaux. Bonjour le bien-être animal… Et rien ne s’est passé, il y a eu autant sinon plus de grippe aviaire qu’auparavant. On les a abattus préventivement et ça n’a pas permis d’éradiquer la grippe aviaire puisqu’elle s’est renouvelée, même en été, alors qu’on nous disait que le virus ne frappait qu’en hiver. On s’est rendu compte que toutes ces solutions étaient obsolètes. Du coup, on a décidé qu’on ne confinerait plus les animaux à partir de maintenant. Et on ne les abattra plus préventivement. On arrête le massacre des innocents."

"Il faut casser cette spirale mortifère"

Mais comment les éleveurs comptent-ils faire face aux cas de grippe aviaire? "Si le cas de grippe aviaire est détecté dans un élevage de ‘prêt à gaver’, les canards que vous voyez en plein air, ceux-là on va les sauver, assure Serge Bousquet-Cassagne. On va les attraper, nous les agriculteurs et les éleveurs voisins, les emporter et les libérer. Soit on les mettra dans un autre élevage, où on verra comment ils se comportent, s’ils meurent ou s’ils survivent à cette grippe aviaire, soit on va les porter carrément à la préfecture. On sera accusé de pis que prendre, d’avoir diffusé la grippe aviaire dans tout le département et ailleurs… Peu importe, puisqu’elle se diffusera de toute manière, comme c’est le cas depuis sept ans."

Alors que le risque de transmission de la maladie à l'homme via la consommation de viande ou d'oeufs contaminés est jugé "négligeable", les mesures de lutte contre la grippe aviaire fragilisent énormément les agriculteurs. "Ça ne limite rien du tout et surtout, ça tue les éleveurs, souligne le président de la Chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne. On confine, il y a la grippe aviaire quand même. Et on abat les canards. Cette année, on a abattu les couvoirs, là où naisse les canetons. On n’a pas pu repeupler, donc on a passé une année blanche. Bientôt, les éleveurs, qui n’ont pas de revenus, cesseront petit à petit, comme tous les autres métiers de France. La ruralité disparaitra, les territoires se dépeupleront, non pas de canards mais d’agriculteurs, de ruraux… Il faut casser cette spirale mortifère, négative, qui fait qu’on abat tout par principe de précaution. Le préfet nous a dit que depuis l’affaire du sang contaminé, le principe de précaution en France est poussé à l’extrême. Il nous a dit qu’on avait raison mais qu’on ne pouvait rien y faire, que les mentalités ont changé, qu’il faut zéro risque partout… Ça n’existe pas. Nous, on va appliquer un principe de survie des éleveurs et des canards. Les canards ne sont pas faits pour finir brûlés dans une usine d’incinération."

LP