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Ces mesures qui pourraient réconcilier police et population

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En 2003, Nicolas Sarkozy démantelait la police de proximité en déclarant que les policiers n'étaient "pas là pour jouer au foot avec les jeunes". Le prenant au mot, le Collectif Citoyens et Policiers, qui œuvre pour la réconciliation entre la police et la population, organise un match de foot entre jeunes et forces de l'ordre, ce samedi à Paris. Sa cofondatrice, Gaëlle Van Der Maslow, explique sur RMC.fr comment rapprocher la police et les citoyens.

Gaëlle Van Der Maslow, cofondatrice du Collectif Citoyens & Policiers, crée à l'occasion des manifestations contre la loi Travail en 2016, et qui œuvre au rapprochement entre la police et la population.

"Plusieurs choses expliquent les relations difficiles entre la police et la population. Déjà, il y a une très grande méconnaissance de l'institution policière, avec beaucoup de fantasmes. On ne connaît pas la réalité du travail de policier. Ça forme des préjugés, qui ne sont pas désamorcés puisque personne ne se parle. L'institution policière est trop verrouillée et ne s'ouvre pas sur l'extérieur. La première vitrine de la police devrait pourtant être visible de tous.

Mais il n'y a pas, dans la façon dont travaille l'institution policière, de volonté de se rapprocher de la population. Notamment en raison de la politique du chiffre: les policiers doivent laisser l'humain de côté pour réaliser du chiffre, parfois au détriment du sens même de leur métier qui est aussi de protéger la population. Cette politique du chiffre crée trop de pression et dénature le fondement de leur métier. Elle favorise les violences policières, qui ne sont pas assez prévenues en amont au sein de l'institution en raison de la faiblesse de leur formation, qui n'est pas suffisamment basée sur la psychologie et encore trop sur le fait que 'force doit rester à la loi'.

"La politique du chiffre favorise les violences policières"

Pour ceux qui ont participé à des manifestations qui ont pu dégénérer, il y a une vive émotion, voire un traumatisme et beaucoup de haine par rapport à la police. Certains n'arrivent pas à aller au-delà. Avec notre collectif, qui réunit des policiers et des citoyens, nous essayons de travailler avec eux pour éviter une radicalisation. Faire en sorte d'une part que les policiers ne se braquent pas contre la population qu'elle considérerait comme une foule d'anarchistes ou des casseurs anti-flics, et d'autre part que la population n'imagine pas que les policiers sont tous des violeurs et des assassins.

Pourtant, nous le voyons avec notre collectif, une fois qu'il y un dialogue, les conflits et les incompréhensions s'estompent. Si cela pouvait être fait à grande échelle, cela désamorcerait beaucoup de conflits.

Notre objectif, c'est de créer un institut de veille citoyenne et policière composé de pôles de travail. Il pourrait y avoir un pôle 'maintien de l'ordre', avec des CRS, un pôle 'quartier' avec des policiers de la Bac (Brigade anti-criminalité), voire des pôles 'radicalisation'… Ces pôles travailleraient ensemble pour impulser des actions dans les écoles, des visites de commissariats…

"Les policiers sont aussi là pour jouer au foot avec les jeunes"

Quand Nicolas Sarkozy (alors ministre de l'Intérieur) déclarait en 2003 que le rôle des policiers, ce n'est pas de jouer au football avec les jeunes, il avait tort. Bien sûr que les policiers sont aussi là pour jouer au foot avec les jeunes. Cela ne fait pas partie de leur travail premier, qui est répressif, mais c'est essentiel dans le préventif et le mieux-vivre ensemble, dans l'instauration d'une atmosphère calme où tout le monde se connaît et se respecte. Quand on se comprend, c'est plus facile de se tolérer et se respecter. C'est cette compréhension mutuelle qu'il faut réussir à mettre en place. Parce que si on continue comme ça, on aura encore des CRS qui finiront incendiés ou des manifestants qui perdront un œil ou qui finiront dans le coma."

Propos recueillis par Philippe Gril