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"Il y a eu ce déclic avec l'alcool": plongée dans un centre de prise en charge des hommes violents

DOCUMENT RMC - Face aux violences, des centres de prise en charge des auteurs de violences conjugales accueillent chaque jour des hommes condamnés pour de tels actes. Entourés d'addictologues et de psychologues, ils tentent d'expliquer leurs gestes et éviter la récidive.

À Hayange, dans la nuit de dimanche à lundi, une femme a été tuée à coups de couteau par son compagnon, le 43ème féminicide cette année. Face à l'ampleur du phénomène, responsabiliser les auteurs de ces violences est un véritable enjeu de société. Pour tenter d'y parvenir, 18 centres de prise en charge des auteurs de violences conjugales (CPCA) ont ouvert en 2020. Et le gouvernement envisage d'en créer 12 autres.

Ces centres n'accueillent que des auteurs de violences sexistes, violences verbales, violences conjugales, intrafamiliales, qui sont des délits, et pas les auteurs de violences sexuelles. 

À Strasbourg dans l'un de ces centres, on essaie de prévenir les passages à l'acte et les récidives, en écoutant les auteurs de violences. Dans une salle de réunion, une dizaine d'hommes de tous âges et de tous milieux font face à Isabel Zapata, une psychologue:

"On va travailler des sujets de base. Comme qu’est-ce que la violence? Quelle est la différence entre conflits et violence. Plus que le résultat, on n’attend de voir la capacité de réflexion", explique-t-elle au micro de RMC.

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De plus en plus de volontaires

Face à elle, Bernard, qui estime que le stage ne peut être que "bénéfique". Après avoir eu un geste violent envers sa femme une nuit, alcoolisé, il a été condamné et convoqué à ce programme de six séances:

"On aborde les violences sous toutes leurs formes, quelles sont les réactions qu’il faut avoir. C’est important. C’est intéressant de pouvoir partager dans ces moments-là nos histoires personnelles".

L'ingénieur a fait du chemin grâce à ce stage où interviennent notamment des spécialistes des addictions et a pris en charge son problème d'alcool: "Il y a eu ce déclic, cette considération du fléau qu’est l’alcool. Ça amplifie un certain nombre de réactions que l’on peut regretter le lendemain".

Travail, logement, précarité, tout est pris en compte dans l'accompagnement proposé: 

"Quelqu’un qui se retrouve à la rue, il aura plus tendance à retourner chez son ex et récidiver au niveau de la violence. S’il y a de la précarité dans la situation, ça peut être un facteur de risque dans un passage à l’acte violent. C’est pour ça qu’on accompagne les auteurs sur ces différentes thématiques pour prévenir la récidive", explique Héloïse Lepelletier, une travailleuse sociale du centre.

L'équipe se félicite aussi que de plus en plus d'auteurs de violences viennent d'eux même tenter de se faire aider.

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Martin Cadoret (avec Guillaume Dussourt)