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Procès en appel du féminicide de Julie Douib: "Il a utilisé les enfants pour la contrôler"

Pour cette quatrième journée du procès en appel à Ajaccio de Bruno Garcia, pour le féminicide de Julie Douib, la parole a été donnée aux voisines et amies de la victime. Elles ont raconté, ce mercredi, l'enfer que cette femme a traversé dans les mois précédant sa mort.

Il a fallu attendre le quatrième jour d’audience au procès en appel de Bruno Garcia pour que la cour d’assises d’Ajaccio se penche sur la vie de Julie Douib, et pas seulement sur sa mort. Des voisines et des amies de la victime ont raconté l’enfer qu’a traversé Julie avant sa mort.

"Le problème de Julie c’était ses enfants." la formule de Véronique, 63 ans, parait maladroite et, pourtant, elle résume pourquoi Julie Douib est restée à la merci de Bruno Garcia, même après la séparation. Véronique était la voisine de Bruno Garcia et Julie Douib. Elle entendait tout: "Notre mur c’était du papier à cigarette."

"Les insultes, c’était quotidien, 'truie', 'pute d’Ile rousse', 'salope'", raconte Véronique. "C'était devenu un bruit de fond ?", demande la présidente.

"Oui, admet cette voisine qui avait aussi remarqué les bleus sur les avant-bras de Julie. Un jour je lui ai dit 'fais-moi un signe et j’appelle la police', elle me disait de ne rien faire car elle avait peur d’envenimer les choses notamment pour la garde des enfants."

Un dessin déterminant

C’est finalement de ses enfants, que Julie Douib va trouver la force de partir. "Ce qui a été déterminant pour Julie, c’est un dessin de son fils cadet. Sur ce dessin, il y avait Julie avec des larmes et des bleus sur la peau, confie Véronique. Elle a compris que ça atteignait ses enfants."

Le procès en appel de Bruno Garcia pour le féminicide de Julie Douib se déroule à la cour d’assises d’Ajaccio.
Le procès en appel de Bruno Garcia pour le féminicide de Julie Douib se déroule à la cour d’assises d’Ajaccio. © Marion Dubreuil / RMC

Un soir de septembre 2018, après une énième dispute, Bruno Garcia met Julie Douib à la porte en petite tenue au beau milieu de la nuit. "On était un petit groupe de la salle de sport, explique à la barre Sébastien, son coach sportif. On l’a habillée; on l'a logée et on l’a cachée aussi." Après réflexion, Julie Douib ne reviendra pas au domicile conjugal.

Compte tenu de l’absence d’accord sur la garde, Julie Douib ne voyait ses enfants qu’en "pointillé", explique l’enquêteur de personnalité. "Bruno avait décidé qu’elle avait le droit de les avoir le mardi et le jeudi soir", raconte Julie C., une maman de l’école.

"Il l’a privée de ses enfants"

Quand Bruno Garcia croisait Julie Douib à la sortie de l’école, il faisait un esclandre. C’était si compliqué qu’un jour "leur fils ainé avait demandé à sa maman de ne plus venir: 'je ne veux plus que tu viennes à la sortie de l’école' et Julie pleurait, explique Julie C. Ce petit garçon avait compris qu’on pouvait raisonner sa mère mais pas raisonner son père."

Bruno Garcia emmène ses enfants en Espagne pour les vacances de Noël, sans prévenir Julie Douib. "Il l’a privée de ses enfants, a témoigné, très émue, Stéphanie C. une amie de Julie Douib. Jusqu’au bout elle a voulu préserver le lien père-fils, mais lui au contraire il avait dit à ses enfants qu'elle les avait abandonnés et que c'était une mauvaise mère." Julie Douib avait trouvé un emploi et un logement pour accueillir ses enfants. "Elle pensait que ça s’arrangerait", assure Julie C.

En janvier 2019, c’est Bruno Garcia qui obtient la garde provisoire des enfants. "Ça l’a bouleversée, explique son ancienne voisine Véronique. Elle était sidérée, mais jusqu’au bout, Julie a voulu obtenir une solution pérenne de la justice. Pour Julie la loi, c’est la loi. Tout était carré dans sa tête c’est pour ça qu’elle a espéré jusqu’au bout."

Une enquête sociale demandée par le juge

Julie Douib et Bruno Garcia étaient convoqués pour une nouvelle audience devant le juge aux affaires familiales en mai 2019. Le magistrat avait demandé une enquête sociale. 

"Est-ce que vous pensez que Bruno Garcia a pu utiliser ses enfants contre leur mère?", demande Me Francesca Seatelli, l’avocate des deux garçons, âgés de 12 et 14 ans aujourd’hui.

"Oui, à partir du moment où il a eu la garde des enfants, il a pu s’en servir pour la contrôler et pour la pister, précise Véronique. Il voulait le contrôle même de leur vision vis-à-vis de leur mère. Les enfants étaient la monnaie d'échange: tu es sage tu les auras, tu n'es pas sage tu ne les auras pas."

Lors de ce 4e jour d'audience du procès en appel de Bruno Garcia, la cour d'assises d'Ajaccio s'est penché sur la vie de Julie Douib.
Lors de ce 4e jour d'audience du procès en appel de Bruno Garcia, la cour d'assises d'Ajaccio s'est penché sur la vie de Julie Douib. © Marion Dubreuil / RMC

"Il l'a fait ce con, il l'a fait"

La salle d'audience se remplit au fur et à mesure que les témoins défilent à la barre. Voisines et amies viennent grossir les rangs des parties civiles derrière les parents et le frère de Julie Douib. Elles font corps avec cette famille dont elles partagent le deuil. Ce sont elles qui ont appris aux enfants de Julie Douib que "Papa avait tué maman".

Julie C. a des sanglots dans la voix quand elle rapporte le cri de douleur du fils aîné de Julie Douib: "Il l’a fait ce con, il l’a fait."

"On a l’impression à vous entendre que cet enfant avait intégré que son père allait tuer sa mère", ponctue Me Seatelli. Les deux enfants sont absents de la salle d’audience pour être préservés de l’arène judiciaire, mais ils sont omniprésents dans les cœurs et les débats. 

Marion Dubreuil (édité par AB)