RMC

Présidentielle: "Les jeunes ne se font pas voler l’élection, mais les programmes"

Pour le sociologue Julien Damon, invité d’"Apolline Matin" ce lundi sur RMC et RMC Story, les jeunes qui protestent contre les résultats du premier tour de la présidentielle ont tort de penser qu’ils se sont fait voler l’élection. Mais il est vrai que leur place est réduite dans les propositions des candidats.

Des occupations dans des universités, des manifestations à Paris et ailleurs… Des jeunes ont protesté la semaine dernière contre les résultats du premier tour de l’élection présidentielle. Globalement, les moins de 35 ans ont voté pour Jean-Luc Mélenchon, mais ce sont Emmanuel Macron, en tête chez les plus de 60 ans, et Marine Le Pen, qui a davantage convaincu les 35-60 ans, qui se sont qualifiés pour le second tour et se disputeront la place à l’Elysée ce dimanche. Les jeunes se sont-ils fait voler l’élection ? Ont-ils raison de le penser ?

"En un mot, les jeunes ne se sont pas fait voler l’élection, estime le sociologue Julien Damon dans ‘Apolline Matin’ ce lundi sur RMC et RMC Story. En revanche, il est tout à fait exact que le corps électoral présente ce défaut de voir les personnes âgées voter davantage." Car le principal problème pour les jeunes, c’est l’abstention: 30% des moins de 35 ans, et même 41% des 18-24 ans, n’ont pas voté au premier tour selon une enquête IFOP. "Ils ne peuvent pas dire qu’ils se font voler une élection s’ils ne se présentent pas dans les bureaux de vote", résume Julien Damon.

Cette abstention des jeunes n’incite pas les candidats à s’adresser davantage à eux. "S’ils ne se font pas voler l’élection, ils se font en revanche voler les programmes, qui sont très centrés sur la partie du corps électoral qui vote, en l’occurrence les plus âgés, explique Julien Damon. Les questions de retraite, de dépendance, sont les thèmes qui intéressent le plus les séniors. Les questions qui intéressent le plus les jeunes, comme le climat, les crèches, sont minoritaires. C’est pour cela qu’il faut envisager des réformes dans la façon de voter." Lesquelles ?

"Le vote obligatoire, ce serait efficace à court terme"

Pour le sociologue, avoir le droit de voter à partir de 16 ans et rendre le vote obligatoire sont deux pistes intéressantes pour faire "un choc" démocratique. "Plus on se rend aux urnes tôt, plus on apprend la citoyenneté, indique Julien Damon. Je plaide pour le droit de vote à 16 ans. Ça a plusieurs avantages. Ça augmente la taille du corps électoral, de 3-4%. Et ça force les responsables politiques à faire des propositions en direction des jeunes. Ça rééquilibre les programmes électoraux. Ce n’est pas une proposition folle. C’est le cas dans certains pays, comme le Brésil, la Slovénie, l’Autriche… En Allemagne ou en Ecosse, on vote à 16 ans aux élections locales."

"Le vote obligatoire, ce serait efficace à court terme, estime aussi Julien Damon. Comme le vote à 16 ans, ce serait un choc, l’occasion de mettre en avant le devoir civique. C’est le cas dans des pays proches de nous comme la Belgique et les Pays-Bas. Mais ce qu’on observe, c’est que ça n’empêche pas des taux d’abstention très importants parce que les amendes qui sont prévues ne sont pas mises en œuvre."

Par contre, pas question d’envisager la pondération du vote selon l’âge. "Ça choque, ça heurte, en raison du principe : un homme/une femme, un vote. Et il faudrait des enveloppes, des bulletins, de couleurs différentes. Au bout d’un moment, on saurait qui vote quoi, ce serait absolument antidémocratique."

LP