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Dans les petites communes, on a "de plus en plus de mal à trouver des élus, les maires sont désabusés"

Une mairie, dans un village de Savoie (photo d'illustration)

Une mairie, dans un village de Savoie (photo d'illustration) - Jean-Pierre Clatot - AFP

C'est un cas qui illustre la difficulté croissante pour trouver des personnes prêtes à s'engager pour la collectivité dans les petites communes. A Picherande, dans le Puy-de-Dôme, la municipale partielle pour remplacer des conseillers municipaux démissionnaires a été annulée ce mardi, faute de candidats. Sur RMC.fr, le maire, Serge Chamoux, fait part de son pessimisme pour l'avenir des petites communes.

Serge Chamoux, est le maire de Picherande (Puy-de-Dôme) depuis 2014. Après la démission de cinq conseillers municipaux, une élection municipale partielle a été organisée. Mais personne ne s'est porté candidat, entraînant l'annulation de l'élection. Un nouveau scrutin devra avoir lieu dans trois mois, et d'ici là, l'équipe municipale va gérer les affaires courantes sous l'autorité du sous-préfet.

"Les gens s'intéressent peu à la vie communale. Ce n'est pas évident d'être maire ou conseiller municipal d'une petite commune. C'est beaucoup de difficultés, et les mentalités ont changé. Lors des dernières élections municipales en 2014, il y avait cinq communes dans le Puy-de-Dôme qui n'avaient pas de candidats ni de listes. Et de plus en plus de conseillers municipaux démissionnent dans les communes. Je suis pessimiste pour la suite. Il va être de plus en plus difficile de trouver des élus pour les petites communes. J'attends les prochaines municipales en 2020 avec inquiétude. Beaucoup de maires autour de moi sont désabusés. On vient pour aider la commune, on n'attend pas qu'on nous tresse des lauriers, mais c'est de plus en plus compliqué.

"Les gens s'intéressent peu à la vie communale"

Quand on est maire d'une petite commune, on a autant de boulot que le maire d'une ville de 5.000 habitants. On a tous les mêmes problèmes. Les dossiers sont lourds, le PLU (plan local d'urbanisme), la gestion des bois… C'est leur boulot mais les maires sont accablés de dossiers, avec des procédures lourdes, qui ne se font pas en claquant des doigts… La gestion d'une commune, d'autant plus dans le monde rural c'est compliqué. Il y a les services publics qui disparaissent, il faut apporter des services, il faut être à l'écoute de tout le monde… Et plus ça va, plus les petites communes se trouvent éloignés des services. Et c'est le maire et le conseil municipal qui doivent tout gérer. Même dans ma petite commune où tout le monde se connaît, avec un conseil municipal issu de la même liste, il y a des dissensions.

"650 euros bruts par mois d'indemnité"

Quand on est maire d'une petite commune, on touche 650 euros bruts par mois, ce qui fait environ 560 euros nets. Si quelqu'un veut s'engager, il doit être retraité, c'est la meilleure solution. Car sinon, il faut cumuler avec un emploi et c'est compliqué. Aujourd'hui je suis à la retraite, mais avant j'étais chef d'entreprise dans la maçonnerie. La première année de mon mandat, en 2014, j'ai cumulé pendant la mairie avec mon emploi, et c'était très difficile à gérer. J'étais à mon compte donc je pouvais me libérer mais l'entreprise en a souffert. Même pour de simples conseillers municipaux c'est difficile de concilier avec leur emploi. Les élus ont leur emploi à côté, ça peut leur poser des problèmes vis-à-vis de leur travail ou de leur famille."

Philippe Gril