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Ce collège impose 15 minutes de lecture par jour: "170 gamins qui lisent ensemble c'est très impressionnant"

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Depuis un an, tous les jours à 13h40, les 150 élèves et 20 membres du personnel du collège de Banon, dans les Alpes-de-Haute-Provence, s'arrêtent pour lire dans le calme pendant un quart d'heure. La principale de l'établissement, Marianna Lew, vante les mérites de cette initiative, pour RMC.fr.

Marianna Lew, principale du collège de Banon (Alpes-de-Haute-Provence).

"On est les premiers à avoir mis en place cette lecture en octobre dernier, et les seuls à avoir tenu toute l'année. On l'a donc relancée cette année. Cela a créé un gros buzz. Depuis l'année dernière, j'ai reçu au moins 200 coups de téléphone d'établissements qui l'ont depuis mis en place. On m'a même invitée au ministère de l'Education au mois d'août pour faire le point sur notre action. Ce qui est bien, c'est que ça part de ce petit collège minuscule de 150 élèves, et que c'est une action diffusée par le bas, initiée par les professionnels et remontée par les réseaux sociaux.

"Une action qui a tout pour séduire"

Il faut dire que c'est une action qui a tout pour séduire. Parce qu'on est sur les fondamentaux: la lecture, l'acquisition du vocabulaire, la maîtrise de la langue, la concentration… mais dans une modalité innovante. Ce n'est pas le fait de lire qui est innovant, c'est le fait que tout le monde lit et que le collège dans son entier s'arrête pendant cette période de lecture. Ensuite, l'autre innovation, c'est qu'il s'agit d'un rituel: dans un temps de silence quotidien on mobilise les enfants et les adultes sur une seule activité de lecture. Et ce sans retour, ni compte-rendu, ni exercices ou notes. Et cette ritualisation finit par créer un besoin. Même en sorties scolaire ou chez eux en week-end, à l'heure de la lecture des enfants sortent un livre.

Ce n'est pas facile de faire lire 170 personnes ensemble chaque jour, ça ne va pas de soi. Mais le fait de le pratiquer ensemble donne du courage à ceux qui lisent mal ou ne lisent pas, qui sont comme emportés dans une vague. Et pour les bons lecteurs, c'est le plaisir quotidien de retrouver un univers, un auteur… Les enfants lisent ce qu'ils veulent. Il n'y a que deux interdits: pas de livres scolaires, ni de magazines. Mais il est tout à fait accepté de lire des bande-dessinées. Quand on l'a instauré, on a pris le temps de préparer le projet, qu'on a présenté au conseil d'administration et aux familles, qu'on a impliquées en leur demandant de fournir des livres. On a fait des affiches, on a fait en sorte d'en faire un événement.

Les premières fois, la qualité du silence donnait la chair de poule: quand vous avez 170 gamins et adultes qui lisent ensemble c'est très impressionnant.

"Cela a des impacts sur le climat de l'établissement"

Tout le monde est content. Les parents qui ont du mal à faire lire des livres à leurs enfants ont le sentiment qu'on retrouve nos missions éducatives. Les enfants adorent, parce que c'est un espace de liberté. Les enseignants aussi, qui comprennent les bénéfices qu'ils peuvent en tirer, y compris en cours de maths: cette pause de lecture quotidienne améliore la maîtrise de la langue par les élèves, mais surtout fait tomber la pression en permettant un retour au calme qui va au final favoriser les conditions de l'apprentissage. Forcément les élèves ont progressé. Cela a des impacts sur le climat de l'établissement. Les élèves en retirent une grande fierté, et nous aussi quand on voit le buzz que cela crée et quand on sait que partout en France, à la même heure, d'autres établissements lisent."

Propos recueillis par Philippe Gril