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"Je suis à bout": le témoignage de Sofia, une infirmière niçoise qui démissionne

Les cadences infernales et la rémunération ont eu raison de la vocation de Sofia. Infirmière depuis quatre ans, cette Niçoise a décidé de démissionner. Comme elle, ils sont de plus en plus nombreux à abandonner alors que l'hôpital public semble mourir à petit feu.

Face à l'état de l'hôpital public en France, les soignants se mobilisent ce mardi, à l'appel de neuf syndicats et collectifs. Au moins 50 rassemblements sont prévus à travers le pays pour réclamer des hausses de salaires et des effectifs supplémentaires.

Car il y a urgence. La situation, déjà difficile, s'est dégradée avec l'épidémie de Covid-19. Et le personnel, débordé et épuisé, abandonne. C'est le cas de Sofia, infirmière en cancérologie digestive à l’hôpital de l’Archet à Nice depuis 2018, aujourd'hui démissionnaire. La raison ? Le ras-le-bol, lié à la rémunération mais également à l’organisation du travail et aux responsabilités demandées.

"On nous en demande toujours plus"

"J'ai décidé de poser ma démission car je suis à bout. La rémunération, c’est un problème mais pas que. Tout a augmenté. Je suis payé 1.900 euros, un salaire correct, mais je suis à découvert tous les mois", explique-t-elle ce mardi sur RMC.

Elle déplore un hôpital au rythme infernal, dans un service qui demande du temps pour les patients. "On fait du soin palliatif, on accompagne les patients vers la fin, on les connaît bien, on fait beaucoup de relationnel", explique Sofia, évoquant des demandes toujours plus fortes.

"On nous en demande toujours plus. Je suis censée faire neuf chimiothérapies par jour, j’en fais en général onze. On demande aux médecins de faire tourner l’hôpital, de ramener plus de patients pour être plus productifs, mais il n’y a pas assez d’infirmières. Et le pire, c’est qu’il n’y a même pas d’infirmières à recruter. Personne ne se présente", déplore Sofia.

120 services d'urgences obligés de limiter leur activité faute de soignants

Pour sauver l'hôpital, les soignants réclament des recrutements supplémentaires, une revalorisation des salaires, un renforcement des moyens financiers, l'arrêt des fermetures d'établissements, et de réelle mesure pour une prise en charge avec des soins pour tous et partout.

"La crise hospitalière est importante", déplore Robert Sebbag, infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. "En France, on a 88 infirmières pour 10.000 habitants, alors que c'est le double en Allemagne. La priorité, c'est de rendre l'hôpital plus attractif", explique le praticien.

Et il y a urgence à agir. Faute de soignants, au moins 120 services sont forcés de limiter leur activité ou s'y préparent, selon un décompte fin mai de l'association Samu-Urgences de France.

Guillaume Dussourt