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"Le symbole d’une sorte d’acharnement": Greenpeace et L214 en colère après un amendement

Déposé par un député LR et adopté mercredi en commission des finances, un amendement vise à supprimer le crédit d’impôt dont bénéficient les donateurs d’associations dont les adhérents s'introduisent "sur les propriétés privées agricoles" ou sur "les établissements industriels". Pour L214 ou encore Greenpeace, très inquiètes, l'objectif est "d’asphyxier financièrement les associations".

C'est un coup de massue pour les associations de défense des conditions animales ou de l'environnement. Un amendement, déposé par un député Les Républicains, a été adopté mercredi en commission des finances. Concrètement, le texte veut dissuader les donateurs de ces associations, en supprimant le crédit d'impôt auquel ils avaient le droit.

"Le bénéfice de la réduction d'impôt est exclu pour les dons aux associations dont les adhérents sont reconnus coupables d'actes d'intrusion sur les propriétés privées agricoles et établissements industriels ou d'actes de violence vis-à-vis de professionnels", peut-on lire dans l'amendement.

L'amendement vise explicitement L214, dont les adhérents s'introduisent régulièrement dans les exploitations agricoles pour dénoncer les conditions d'élevage des animaux.

Une proposition qui fait bondir les associations

"L’objectif de cet amendement est d’asphyxier financièrement des associations comme L214, de façon à ce qu’on ne puisse plus mener le travail qui est mené aujourd’hui. 85% des ressources de l’association, ce sont des donateurs particuliers, très clairement ça aura un impact", dénonce Brigitte Gothière, cofondatrice de L214.

Cette proposition fait bondir de nombreuses associations. Une vingtaine d'entre elles ont signé un communiqué pour dénoncer le texte, dont Oxfam, Amis de la Terre, Greenpeace ou encore Foodwatch.

"C’est le symbole d’une sorte d’acharnement pour nous empêcher de mener à bien nos activités. On mène ce genre d’actions illégales, qui consistent à des actions de désobéissance civile, au nom de la défense de l’intérêt général", affirme Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, invité sur RMC et RMC Story, ce vendredi.

Des actions illégales mais nécessaires?

Le directeur défend ces actions, qu'il juge nécessaires: "On ne casse rien, on ne sabote rien. Si les centrales nucléaires sont mieux protégées aujourd’hui, s’il y a des gendarmes qui y sont et qui protègent la population française du risque d’attentat terroriste, c’est uniquement parce que Greenpeace est entrée dans des centrales nucléaires."

"Quelle est la signification de cet amendement?", s'interroge-t-il. Pour lui, "les gens qui nous font des dons sont bien conscients qu’on mène ce genre d’actions. Elles sont illégales mais on n’a jamais masqué et on ne s’est jamais caché sur ces actions-là. Aujourd’hui, chercher à venir nous sanctionner à travers ces actions-là qui font avancer la société, on trouve ça proprement scandaleux."

D'après Jean-François Julliard, ce n'est pas le bon levier utilisé.

"On utilise le code des impôts pour sanctionner un mode d’action utilisé par certaines associations. Le code des impôts n’est pas là pour ça, il ne remplace pas le code pénal."

"Il y a une escalade peut-être un peu excessive"

Il met d'ailleurs en cause la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). "On sait très bien que la FNSEA demande à ces députés, qui sont leurs alliés, de trouver des moyens pour qu’on ne puisse plus mener des actions qui visent à dénoncer l’élevage intensif, l’élevage industriel et un certain nombre de pratiques agricoles."

De son côté, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, invitée sur RMC ce vendredi, est satisfaite. " Ça fait des années qu’on voit des actes malveillants, des destructions, il y a des animaux qui sont morts à cause de ces intrusions. Moi je comprends la militance, les gens qui défendent telle ou telle cause, après il y a la façon de le faire."

Elle ajoute: "On est dans un pays où il y a une escalade peut-être un peu excessive et que les puissances publiques et que des politiques veulent réguler, je pense que c’est du sérieux".

La rédaction de RMC