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"Nos villes sont gangrenées": face au trafic, faut-il légaliser le cannabis?

Comme après chaque règlement de compte sur fond de trafic de drogue, la question de la légalisation du cannabis revient sur la table. Des maires de villes moyennes, de tous bords politiques, appellent à légaliser pour lutter contre les trafiquants.

Nouveaux règlements de comptes sur fond de trafic de drogue à Marseille. Trois personnes ont été tuées par balles ce week-end dans la cité phocéenne. Une spirale de la violence qui interroge sur l'efficacité de la politique de lutte contre le trafic de stupéfiants.

De plus en plus de maires de villes moyennes réclament la légalisation du cannabis. C’est notamment le cas à Charleville-Mézières, Châteauroux, Reims, Besançon, Saint-Jacques de la Lande à côté de Rennes, où des élus proposent de mettre fin à la répression dans l'espoir que la délinquance liée à ses trafics disparaisse.

Invité dans “Apolline Matin” ce mardi sur RMC et RMC Story, le maire de Pantin, Bertrand Kern (PS), affirme que c’est la solution car la répression qui est appliquée actuellement ne fonctionne pas.

“Je suis pour la légalisation parce que ça doit nous permettre d’apaiser nos villes qui sont gangrenées par ce trafic. La répression ne fonctionne pas. A partir du moment où la police nationale interpelle des trafiquants de cannabis, le lendemain vous avez trois, quatre, cinq personnes qui les ont remplacés. Vous avez les Etats-Unis qui ont une quinzaine d’Etats qui ont légalisé le cannabis et où le trafic a chuté d’au moins 70%. Et puis au niveau sanitaire et social, ça permettrait quand même à l’Etat de bénéficier de recettes fiscales non-négligeables. Avec un milliard d’euros, on peut faire une vraie politique de santé publique contre l’usage et la consommation des drogues”, indique-t-il.

"Un vrai pourrissement d’une partie de nos villes"

Un sentiment que partage, et ça peut paraître étonnant, le maire de Charleville-Mézières, Boris Ravignon. En effet, ce maire des Républicains se place à l’opposé de ce que dit majoritairement le parti, qui est plus dans la répression que pour la légalisation habituellement.

"Je vois les ravages du trafic de cannabis et le méfait de l’action des trafiquants dans nos quartiers. Ce qu’on vit actuellement dans certains quartiers de Charleville, c’est comparable à ce qui existe depuis longtemps dans certaines grandes villes, c’est-à-dire la drogue qui s'installe. Le cannabis est extrêmement lucratif. Ces trafics sont aux mains des trafiquants et ce sont eux qui prétendent tenir les quartiers. On a un vrai pourrissement d’une partie de nos villes à cause de ces trafics de drogue. Je réclame une solution d'efficacité en mettant à bas ces trafics et en légalisant ce produit. Ce qui permettrait un contrôle de l'âge des consommateurs et un contrôle de cette filière qui vient en majorité de pays qui ne sont pas des amis et alliés de la France”, explique-t-il dans "Charles Matin" sur RMC.

"Les trafiquants vont s'adapter"

Cependant, pour David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de police, une éventuelle légalisation du cannabis pose problème. S'il est ouvert à un assouplissement pour ce qui est thérapeutique, une légalisation totale n'est pas la bonne solution selon lui.

"C'est une fausse bonne idée, car un jour, l'Etat drevait vendre de la drogue et il faudrait déjà définir quel type de drogue il va être en capacité de vendre. Il y aura aussi une question de quantité. Et puis troisième point, il faut le regarder du côté de l'ordre public, car les trafiquants se sont toujours adaptés. Et si l'Etat se met à vendre un produit dans une certaine quantité, les trafiquants vont s'adapter. Il faut prendre ce postulat-là pour bien comprendre les avantages et les inconvénients", assure-t-il.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a assuré ce dimanche que le nombre de points de deal a baissé en France de 20% depuis janvier 2021. Une donnée nuancée par la cheffe de l'Office anti-stupéfiants Stéphanie Cherbonnier dans le JDD, qui explique que les points de deal fermés réapparaissent souvent.

Nicolas Traino avec Guillaume Descours