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Opinions des jeunes, vécu des femmes… Le constat très inquiétant sur le sexisme en France

Dans "Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré détaille l’inquiétant constat sur le sexisme du Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes.

Le Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes a rendu son rapport annuel, ce lundi. Il fait un constat inquiétant sur le sexisme en France. Avec d’abord deux lignes qui disent tout: "Le sexisme ne recule pas en France. Au contraire, certaines de ses manifestations les plus violentes s'aggravent et, (c’est le plus frappant) les jeunes générations sont les plus touchées".

On pense souvent que les jeunes sont plus sensibles aux questions de l’égalité et des violences faites aux femmes et que par conséquent, avec le temps, les choses ne peuvent que s’arranger. Mais pas du tout…

Le baromètre 2023 du sexisme montre qu’une partie de la génération de 25-34 défend des opinions effrayantes. Ils sont par exemple 23% a estimé que pour être respecté, il faut parfois être violent. Les mêmes estiment que pour être respecté en tant qu’homme, c’est bien de se vanter de ses exploits sexuels auprès de ses amis, de consommer de l’alcool ou des drogues, ou qu’il faut savoir rouler vite. Ces opinions sont défendues par un jeune sur cinq. Ils sont 32% à estimer que le barbecue est une affaire d’hommes.

Comment expliquer cette régression? Ce serait d'après le rapport une sorte de retour de bâton, cinq ans après MeToo. Une partie de la génération des jeunes hommes se sent fragilisée, voire en danger, et réagit avec agressivité envers les femmes. Ces jeunes peuvent se retrouver dans des mouvements virilistes et masculinistes…

Sylvie Pierre Brossolette, la présidente du Haut conseil à l’égalité, insiste aussi sur le fait que ces jeunes ont grandi avec internet et donc avec un accès gratuit et facile au porno. Ces 25-34 ans sont d’ailleurs près de 50% à trouver que l’image de la femme véhiculée par la pornographie n’est pas problématique.

Le "terrible" vécu des femmes

Ce baromètre décrit aussi ce qu’il appelle "Le vécu des femmes", et même le "terrible" vécu des femmes. Avec ce chiffre: 37% des femmes déclarent avoir eu l'expérience d’un rapport sexuel non consenti.

Les violences conjugales ont augmenté de 21% entre 2020 et 2021. Les violences sexistes dans les transports en commun ont augmenté de 32%. L'enquête décrit aussi ce qu’elle appelle le sexisme ordinaire. Six femmes sur dix ont déjà subi des blagues ou des remarques sexistes, quatre sur dix des gestes déplacés de la part d’un homme ou des remarques sur leur physique ou leur tenue. Ou bien encore ce que l’on appelle le "mansplaining", c’est-à-dire le fait pour un homme de vouloir tout expliquer à une femme, même quand elle est plus compétente que lui, ou même s’il s’agit de parler de l’accouchement par exemple…

Et ce sexisme au quotidien entraîne les femmes à renoncer à beaucoup de choses. Neuf femmes sur dix disent adopter des conduites d’évitement pour ne pas subir ce sexisme. Elles peuvent renoncer à sortir seules, à s'habiller comme elles le souhaitent. Elles veillent à ne pas parler trop fort ou à hausser le ton, ou elles censurent leur propos par crainte de la réaction des hommes. Et elles sont 35% à dire qu’elles n’ont pas osé demander une augmentation ou une promotion.

Le Haut conseil à l’égalité fait dix propositions pour faire bouger les choses. Augmenter les moyens de la justice, appliquer la loi sur l'éducation sexuelle à l'école, rendre obligatoire une meilleure représentation des femmes dans les manuels scolaires, réguler les contenus pornographiques sur internet, rendre obligatoire des formations sur le sexisme dans les entreprises, interdire la publicité sur les jouets genrés, institutionnaliser une journée nationale de lutte contre le sexisme le 25 janvier…

Toutes ces recommandations seront transmises ce mercredi au président de la République Emmanuel Macron, qui recevra ce rapport annuel pour la première fois. Un rapport qui constate quand même des progrès au plus haut niveau de l'État, avec les nominations cette année d’une femme Première ministre, Elisabeth Borne, et d’une autre présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet.

Nicolas Poincaré