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Affaire Buitoni: Bercy abandonne les contrôles de sécurité alimentaire au ministère de l'Agriculture

À partir du 1er janvier 2023, les controles de sécurité sanitaire des aliments réalisés aujourd'hui par la répression des fraudes seront abandonnés au ministère de l'agriculture. Le principal syndicat de la répression des fraudes (DGCCRF), dénonce un "coup de tonnerre" et pointe des "risques de conflits d'intérêts".

C'est une décision qui fait grincer des dents. Les agents de la répression des fraudes (DGCCRF) ont appris mercredi soir, dans un mail de la directrice générale, Virginie Beaumeunier, que le ministère de l’Economie abandonnait les contrôles relevant de la sécurité des aliments au ministère de l'Agriculture.

Dans ce mail, que RMC a pu consulter, on apprend que la décision a été prise suite à une "réunion interministérielle" qui s’est tenue "très récemment" avec le cabinet du Premier ministre. Il a été acté la création d’une "police unique en charge de la sécurité sanitaire des aliments" avec un objectif affiché "de renforcement des contrôles liés à la sécurité sanitaire des aliments".

La DGCCRF resterait pleinement compétente sur tous les aspects de loyauté et de lutte contre les fraudes, mais la Direction générale de l'Alimentation (DGAl), relevant du ministère de l'Agriculture, aura en charge l’ensemble des contrôles liés à la sécurité sanitaire. Un transfert de compétence qui serait pleinement effectif à partir du 1er janvier 2023, avec le transfert de 60 emplois de la DGCCRF vers la DGA.

"Bruno Le Maire fait plaisir à l'industrie agro-alimentaire", dénonce le syndicat Solidaires

Le syndicat Solidaires CCRF & SCL, le premier syndicat de la répression des fraudes, dénonce un "coup de tonnerre", une décision "impensable", pointant du doigt le fait que le ministère de l'Agriculture entretient "des liens privilégiés avec les lobbies de l'industrie agroalimentaire".

"Pour son dernier jour de ministre de l’Economie et des finances, Bruno Le Maire fait plaisir à l'industrie agro-alimentaire (...) L'une des toutes dernières décisions politiques de MM. Castex, Le Maire et Denormandie est de casser le service public de la sécurité sanitaire des aliments, en dehors de tout débat public", dénonce le syndicat Solidaires dans un communiqué ce jeudi.

Pour ce syndicat, l'émotion provoquée par les récents scandales alimentaires conduit aujourd'hui au "sacrifice d'un bouc émissaire administratif", sans remettre en question la responsabilité des industriels de l'agroalimentaire.

Avec les scandales alimentaires à répétition, notamment Buitoni et Kinder, la question des contrôles des sites de production alimentaire a été remise sur la table. En 2017, après l'affaire Lactalis, une commission d'enquête avait demandé à l'État de mettre fin à la "guerre des polices" de la sécurité alimentaire, et de créer une autorité unique gérée par le ministère de l'Agriculture. Opposé à ce transfert à l'époque, Bruno Le Maire avait remis cette idée sur la table, mi-avril, en évoquant la création d'une "police de la sécurité alimentaire", rassemblant les effectifs de Bercy et de l'Agriculture.

Marie Dupin, Marie Régnier (édité par J.A.)