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"On fait vite, moins bien et on manque de personnel": près de 75.000 lits d'hôpitaux fermés, les services d'urgence débordés

Avec la fermeture de 75.000 lits et la pénurie de soignants, la prise en charge et le suivi des patients se dégradent à l'hôpital français.

Aux urgences de l'hôpital Necker à Paris, Patrick Pelloux le constate chaque jour. Il est de plus en plus difficile de trouver des lits pour les patients: "Je travaille au SAMU de Paris et vous passez une demi-heure, une heure pour trouver un lit pour un malade qui a une pathologie aiguë grave. On sait que plus les gens patientent sur leur brancard aux urgences, plus on aggrave leur espérance de vie"

Et pour cause. Jusqu'à 75.000 lits ont été fermés de facto à l'hôpital faute de personnels soignants soit 20% du total de lits dans les hôpitaux français. C'est en tout cas ce qu'assure une étude "flash" dirigée par le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy. Aides-soignantes, médecins, infirmiers manquent. Le secteur ne suscite plus les vocations, les soignants encore en poste s'en vont, usés, fatigués par une crise sanitaire qui dure et des moyens qui ne sont toujours pas à la hauteur

Moins de lits et c'est toute une organisation à revoir. François-René Pruvot chirurgien au CHRU de Lille décrit des cadences de travail qui ne cessent de s'accroître: "Nous allons devoir reculer des dates d'intervention, diminuer la durée moyenne de séjour pour accélérer le turn-over des patients. Il y a une exigence de performance accrue", explique le praticien.

La situation pourrait encore empirer

Conséquence, le rythme est toujours plus soutenu pour les équipes et la prise en charge des patients est forcément dégradée. C'est ce que regrette Gérard Raymond, président de l'association France assos santé:

"C'est le côté humain de prise en charge qui est dégradé puisqu'on va faire vite, moins bien et qu'on va manquer de personnel. Malheureusement ceux qui restent ne peuvent pas faire mieux que ce qu'ils font".

"Tous les Français souhaitent être soignés et de cette garantie, cette fierté française d'un système sanitaire efficient, on a basculé vers un système low cost. On est dans une politique de rustine de la santé", renchérit ce jeudi sur RMC Arnaud Chiche, Médecin Anesthésiste Réanimateur (Lille), Fondateur du Collectif Santé en Danger.

La situation pourrait bien s'empirer avec l'arrivée des virus hivernaux. Du côté des autorités, on dénonce des chiffres gonflés: "Pour l'instant, le seul chiffre dont je dispose, c'est 5% de lits de médecine temporairement fermés", a assuré le ministre de la Santé Olivier Véran en audition à l'Assemblée nationale avant d'ajouter que c'est "loin" des 20% avancés.

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Romain Houg avec Guillaume Dussourt