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Une visite médicale à 61 ans pour évaluer la retraite anticipée? Médecins et associations disent non

Alors que le projet de réforme des retraites va être discuté en Conseil des ministres ce lundi, le volet pénibilité de la réforme prévoit un rendez-vous avec la médecine du travail à l’âge de 61 ans pour les métiers à risque. Mais la médecine du travail explique qu’elle n’est pas du tout prête à effectuer cette visite pour de multiples raisons.

Une retraite anticipée pour les travailleurs de métiers pénibles et à risques, oui. Mais afin d’accéder à ce départ à la retraite, le gouvernement, dans son projet de réforme des retraites, veut mettre en place une visite médicale obligatoire pour ces métiers à risque.

Dans le volet pénibilité de la réforme, le gouvernement prévoit un rendez-vous avec la médecine du travail dès l’âge de 61 ans, et qui déciderait d'un départ anticipé ou non à la retraite. C'est le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, qui l'a annoncé la semaine dernière.

Si ce "nouveau mécanisme" doit encore faire l'objet de concertations, il suscite déjà des inquiétudes du côté des professionels de la médecine du travail. Sophie Crabette, chargée de plaidoyer à la Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés (FNATH), fait partie de ces professionnels réfractaires à l’idée d’une seule visite médicale pour décider d’un départ anticipé à la retraite.

“Ça ne nous semble pas du tout équitable” explique-t-elle, prenant exemple d’une situation qui verrait deux collègues du même âge examinés par deux médecins différents, où l’un pourrait obtenir un avis favorable à un départ anticipé et l’autre non, et ce seulement “à la tête du client”.

Un manque criant de médecins du travail?

Du côté de Fabrice Locher, le directeur de la Santé au travail à l'ACMS, une association francilienne défendant la bonne santé dans l’emploi, c’est surtout la question du nombre de médecins et de la charge de travail qui pose problème avec la création de ce nouveau rendez-vous.

“Il faut un examen clinique et une étude d’examen complémentaire, etc… Cela rajoute du travail aux médecins du travail, et nous sommes plutôt en pénurie”, détaille Fabrice Locher.

Avec près de 4.400 médecins du travail aujourd'hui, la profession dénombre presque deux fois moins de ces praticiens en comparant avec les années 2010/2011, selon une estimation du Conseil national des professionnels de la médecine du travail (CNPMT).

Le président du CNPMT, Gérard Lucas, souligne d’ailleurs ce manque de moyens. “On pourrait réquisitionner des médecins du travail pour faire ces visites à 61 ans, mais ça sera au détriment de tout ce qui n’est même pas encore fait au niveau du suivi des salariés. On est vraiment à côté de la plaque”, critique-t-il.

Selon lui, la responsabilité est trop grande et elle pourrait d’ailleurs entamer la relation de confiance entre le médecin et son patient.

Marion Gauthier, avec Alexis Lalemant