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Sécurité routière: "on ne peut pas laisser les gens tout seuls", dénonce une mère qui a perdu sa fille

Le ministère de l'Intérieur lance une nouvelle campagne choc de sécurité routière, avec un court-métrage rassemblant des témoignages de gendarmes chargés d'annoncer la mort d'un proche dans un accident de la route.

Le film de cinq minutes, baptisé "L'annonce", du réalisateur de documentaires oscarisé Jean-Xavier de Lestrade, sera diffusé dès mercredi dans 974 salles de cinéma et à la télévision. Ces gendarmes racontent les scènes de "violence extrême" déclenchées par l'annonce, comment eux-mêmes se préparent à annoncer la terrible nouvelle et comment ils n'oublient pas.

En 2016, le nombre de morts sur les routes a été en légère hausse (+0,2%, 3.469 décès) pour la troisième année consécutive d'augmentation, une première depuis 1972. Marie-Rose Le Guern, habitante de Binic dans les Côtes-d'Armor, a perdu sa fille de 18 ans dans un accident de la route il y a près de 12 ans.

Dans la nuit du 17 au 18 juin 2005, Mélodie fêtait la fin des épreuves du bac qu'elle venait de passer. Marie-Rose, sa maman, n'avait comme d'habitude pas fermé la porte de la maison pour que sa fille puisse rentrer tard. Mais Mélodie n'est jamais rentrée. Un de ses amis qui conduisait la voiture pour le retour était alcoolisé.

"Quand j'ai ouvert la porte, j'ai vu le maire, j'ai compris"

Le matin, c'est monsieur le maire, comme cela se fait très souvent dans les petites communes, à la place des gendarmes, qui a sonné au domicile des parents. "Quand j'ai ouvert la porte, j'ai vu le maire, j'ai compris... On m'a juste dit ‘Mélodie, c'est affreux’…".

Sa fille de 18 ans est décédée une heure plus tôt dans un accident de la route. « Vous sentez chaque veine de votre corps, ça monte à la tête. Vous avez l'impression que votre tête va exploser. Après oui, il y a des personnes qui se mettent à pleurer, hurler. Moi ça n'a pas été mon cas. Moi ça a été plutôt un enfermement. Il est évident qu'à cette seconde-là, on meurt avec son enfant ».

L'annonce par le maire, un choc traumatisant pour cette famille. "Je ne lui en veux pas mais il n'est même pas rentré dans la maison. On ne peut pas laisser les gens tout seul. Nous on est restés tout seul. Il n'y avait personne avec nous". Marie-Rose et son mari ont depuis créé une association: Mélodie, les clefs pour la vie. Ils militent notamment pour que l'annonce soit faite par deux personnes minimum dont une formée en psychologie.

Jacques Serais (avec A.M.)