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Hausse de la mortalité sur les routes: "Le gouvernement est responsable, c’est une catastrophe"

Le nombre de morts sur les routes en janvier a augmenté de 8,9% par rapport à l’année 2016, communique vendredi l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR). Des chiffres alarmants qui ne sont pas surprenants pour Claude Got, chercheur sur le sujet. Pour lui, le principal responsable n’est autre que le gouvernement. Voici ses explications pour RMC.fr.

Claude Got, fondateur du site securite-routiere.org, professeur de médecine honoraire, chercheur sur la sécurité routière.

"Les gouvernements en font de moins en moins. Depuis trois ans, nous vivons une catastrophe totale. L’ancien ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve était chargé de ce dossier durant plusieurs années mais il n’a pas voulu redonner un sens au système de contrôle et de sanction. Il a refusé en plus d’abaisser à 80 km/h la vitesse sur le réseau secondaire. Un réseau où il y a plus de la moitié des morts. La priorité n’est plus à la sécurité routière. Si on prend en considération des problèmes majeurs tels que l’immigration, le chômage, les attentats et que l’on y ajoute un problème ridicule comme le PenelopeGate, alors on se retrouve à ne plus en parler. On ne s’en occupe pas. L’erreur de Bernard Cazeneuve a été évidente. C’est un désastre prévu.

Il y a une absence réelle de volonté mais aussi une méconnaissance du problème. Le Premier ministre actuel est un homme, qui, quand on le voit, a l’air raisonnable et pondéré. Il parle bien, lentement et semble sérieux. Il sait ce qu’il faut faire pour qu’il n’y ait plus d’accidents et pour gérer ce problème. Or, il n’a pas agi et ça c’est une faute grave. Il n’a pas voulu contrarier les automobilistes et au final, on a des résultats qui se dégradent.

"Ça n’intéresse plus les politiques, c’est déprimant"

En réalité, cette hausse de la mortalité sur les routes n’est pas surprenante. Elle se poursuit depuis trois ans. On n’avait pas vu ça depuis 1972. Il y a de temps en temps des politiques actives qui accélèrent la descente, comme en 2002 avec Jacques Chirac qui en a fait sa priorité. Tout le gouvernement s’était mis en marche. On était passés de 8.000 à 4.000 morts. C’était quelque chose d’extraordinaire.

Faire une politique de prévention du cancer du sein, ça ne se fait pas d’une année sur l’autre. C’est la même chose pour le tabac, l’alcoolémie et la sécurité routière. Il y a des évolutions qui se font sur des décennies. Quand vous construisez une autoroute, ça divise par cinq la mortalité au kilomètre parcouru. Quand vous faites un rond-point, ça divise par cinq la mortalité d’un carrefour. On a des effets sur le long terme et de temps en temps il y a un miracle. 

On sait ce qu’il faut faire et on voit de temps en temps que c’est en train de mal s’engager, que ça n’intéresse plus les politiques, c'est déprimant. Ils n’ont pas envie de contrarier les automobilistes. François Fillon en fait d'ailleurs partie. Il a écrit explicitement dans son livre que le 80 km/h sur le réseau secondaire serait contre-productif alors qu’en Flandres la vitesse a été abaissée à 70 km/h. La preuve que le gouvernement ne veut rien faire pour ne pas contrôler ceux qui veulent aller vite. 

"Les avertisseurs de radars, une véritable destruction"

L’abaissement du taux alcoolémie, l’interdiction du kit mains libres au volant, ce sont des mesures qui n’ont eu aucune influence. Un tiers des morts étaient liés à l’alcool dans les années 70. On est toujours sur la même proportion. Et c'est facile à expliquer. L’efficacité du système de contrôle et de sanction repose sur le risque, pour un usager, d’être sanctionné. Et pour effectuer un contrôle, il faut arrêter quelqu’un puis le faire souffler dans un éthylotest. Mais on peut passer des années sans être contrôlé pour son alcoolémie. Pour ma part, cela m’est arrivé seulement trois fois depuis 1978.

De plus, les avertisseurs de radars ont été une véritable destruction. Il faut les interdire totalement. On sait comment s’y prendre mais on ne le fait pas. Comment, avec le risque terroriste et routier actuel, le gouvernement peut-il oser refuser un tel changement? Puis quand on passe devant un radar automatique, les gens savent où ils sont et ralentissent. Avant de reprendre leur vitesse. On passe dans une année environ 1 000 fois devant un radar. En ce qui concerne les téléphones portables, on est face à une évolution de société qu’on ne sait pas contrôler. Les gens téléphones, écrivent des SMS et font n’importe quoi. Il faut changer un bon nombre de choses.

"Les policiers font des contrôles débiles pour gérer l’islamisme"

Tout d'abord, le permis à points doit fonctionner normalement. Un rapport a montré que la moitié des points qui devaient être retirés ne l’étaient pas. Ensuite, il faut également développer les radars mobiles, ceux qui sont dans des voitures banalisées. Ils peuvent contrôler les véhicules qui viennent en face, ceux qui vous croisent et ceux qui vous dépassent.

Un certain nombre sont actuellement en activité mais il faut des policiers pour s’en charger. Mais ces derniers s’occupent de contrôles statiques débiles qui ne servent à rien pour essayer de contrôler l’islamisme et ses dégâts. On est dans un système qui ne marche pas. Les politiques sont responsables de l’augmentation de la mortalité sur les routes."

Propos recueillis par Julie Breon