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Comment surmonter la mort de Johnny Hallyday quand on est fan? "C'est comme perdre un être cher"

Un fan de Johnny Hallyday à Marnes-la-Coquette, le 6 décembre 2017.

Un fan de Johnny Hallyday à Marnes-la-Coquette, le 6 décembre 2017. - AFP

Johnny Hallyday, décédé dans la nuit de lundi à mardi, laisse derrière lui une immense communauté de fans. Alain Sauteraud, médecin-psychiatre auteur de Vivre après ta mort (éd. Odile Jacomb), raconte comment surmonter la douleur de la perte de son idole.

Alain Sauteraud est médecin-psychiatre. Il est l'auteur de Vivre après ta mort (éd. Odile Jacob, 2012).

"On n'est pas ému par la mort d'une célébrité, on est ému par la mort de quelqu'un auquel on était attaché. Entre un mort et un deuil, il y a l'attachement. Le deuil est un processus de séparation, par la mort, avec un individu. On comprend bien que les gens qui nous ont accompagnés pendant un certain nombre d'années, par leurs musiques, leurs livres, ou leur oeuvre en général, comme certains hommes politiques, correspondent à notre identité. C'est que nous nous sommes retrouvés dans leur création.

A partir du moment où ces personnes décèdent, c'est une histoire qui se termine avec eux. On ressent aussi naturellement une sensation, comme si on perdait un être cher. 

"On ne pleure pas un artiste parce qu'il est connu, mais parce on y était très attaché"

Ces artistes sont suffisamment créateurs pour qu'ils aient pris du sens dans nos vies, de façon durable. On ne pleure pas un artiste parce qu'il est connu, mais parce on y était très attaché. On a vu dans les médias des gens fondre en larmes. Ce ne sont pas des hystériques, c'est authentique. Je ne sais pas jusqu'à quel point on peut comparer le deuil d'un artiste à celui d'un père ou d'une mère. Mais en revanche, c'est le même processus.

L'attachement est une fonction psychologique qui se base sur trois critères: qu'il soit pertinent dans ce qu'il ou elle fait, qu'il soit disponible, qu'il soit prévisible. Dans le cas d'un artiste, il est évident que ces gens font une oeuvre qui nous plaît, donc ils sont pertinents. On sait que ça nous plait, donc ils sont prévisibles, et ils sont très disponibles. Ce sont des métiers d'arts, de spectacle, donc de production. Sans eux, sans lui, le monde est un peu différent.

"C'était quelqu'un qui comptait dans la vie affective"

Vous avez des gens qui ont décrit dans leur livre qu'ils ont eu beaucoup de mal devant la mort d'un artiste qui leur était important, sans que ce soit un ami. Ce n'est pas un inconnu pour autant. C'était quelqu'un qui comptait dans la vie affective. Souvent, quand il s'agit d'un fan, ils l'ont un peu rencontré. Le fan a généralement cherché un contact, par une dédicace, par des concerts.... Aznavour avait repéré une fan qui le suivait depuis 20 ou 30 ans et lui avait offert un bouquet de fleurs.

Tout le monde connaît Johnny Hallyday, c'est pourquoi il est monumental. S'ils le connaissent, c'est qu'ils ont reconnu quelque chose en lui qui leur a plu. A ses concerts, il regroupe trois générations. Il a une biographie qui recouvre la 2e partie du 20e siècle. Mais le deuil est un mouvement individuel.

Quand Elvis Presley est mort, il y a eu des suicides. Mais qu'est-ce que devient un deuil de fan? Je suis psychiatre, je soigne des endeuillés du matin au soir, et je n'ai jamais soigné un deuil de fan. Cela ne me paraît pas le problème à craindre. Dans le phénomène du deuil, le tournant du processus c'est de comprendre que le défunt n'a pas tout à fait disparu. Cela peut choquer mais en fait il y a une permanence de l'empreinte du défunt. Cela s'appelle la relocalisation du défunt. Il n'est plus là, mais il est là quand même. On a tous un objet qui a la trace d'une histoire de quelqu'un qui n'est plus là. Dans le cas des artistes, c'est particulièrement facile à relocaliser, parce qu'ils nous laissent un oeuvre. Le processus de deuil est plutôt simplifié."

Propos recueillis par Paul Conge