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Emmanuel Macron n’est pas si jeune, dans les entreprises on donne des responsabilités bien plus tôt

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Avec l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée, la France a choisi un président de 39 ans. Pour Jean-Paul Charlez, président de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), c’est le signe que la vie politique française rattrape enfin le monde de l’entreprise sur la question de l’âge.

Jean-Paul Charlez est le président de l’ANDRH.

"Quarante ans, ce n’est pas si jeune que ça en fait. Pendant longtemps les gens ont travaillé en France entre 20 ans et 60 ans. Quarante c’est le milieu. Heureusement qu’on donne des responsabilités à des jeunes, et avant même d’être quadragénaire. Dans toutes les entreprises, on donne des responsabilités bien plus tôt. Il y avait un sérieux retard du politique, parce que pour arriver à des postes de responsabilité, il fallait avoir 55 ou 60 ans.

Macron serait relativement inexpérimenté au niveau politique? Je ne suis pas complètement de cet avis-là. Il a été dans des cabinets ministériels, il a été à l’Elysée, il a été ministre. L’expérience ça ne s’acquiert pas au bout de 30 ans. En plus, je crois que le président de la République est à la tête d’une équipe, même si c’est lui qui a la responsabilité et la décision en dernier lieu, il n’est quand même pas tout seul. On ne lui demande pas de tout savoir.

"Ce n’est pas nécessaire d’attendre que quelqu’un soit dans la dernière partie de sa carrière"

La logique d’un recrutement pour un poste à responsabilité, c’est la compétence et le profil. Et pour ça ce n’est pas nécessaire d’attendre que quelqu’un soit dans la dernière partie de sa carrière. Le nombre d’entreprises qui sont pilotées par des quadras ou parfois moins est important. Notamment dans le numérique. Regardez l’âge des patrons de Google, Amazon… Mais pas seulement: chez Etam, le patron a 40 ans. Et il y en a d’autres.

L’âge est de moins en moins un critère, et c’est tant mieux. Dans les entreprises, ce n’est pas une hyper-nouveauté. Moi je ne fais pas de politique, mais cette question de l’âge c’est sans doute ce qui a nui à la droite. Vous aviez une alternative entre des sexagénaires et des septuagénaires. Ce n’est peut-être pas ce dont les gens ont envie aujourd’hui. On ne veut plus de quelqu’un qui a plus de 70 ans et qui dit déjà qu’il ne pourra se présenter qu’une fois parce qu’après, il aura atteint l’âge de ceux qui arrêtent de lire Tintin.

"Vous avancez plus vite que ce que vous pouviez faire avant"

Moi je ne fais pas de décalage d’âge entre un dirigeant d’une grosse société et un élu. En 10 ou 15 ans de vie publique, privée ou professionnelle, vous avancez plus vite que ce que vous pouviez faire avant. Je pense que l’expérience s’acquiert plus vite aujourd’hui. Quel que soit le poste. La vie va plus vite. Cette logique pose à la politique des questions qui se sont posées à l’entreprise avant.

En 1974, quand Giscard a été élu, il avait 48 ans. A l’époque c’était un choc. Personne ne pensait que quelqu’un pouvait arriver président de la République à cet âge-là. Aujourd’hui on a un peu moins ce sentiment. On dit que Mr. Macron est jeune, mais globalement je ne crois pas qu’il y ait de jugement de valeur ou de doute compte tenu d’un âge pas encore canonique. Mais quand Alain Juppé dit qu’il va faire ses courses au Prisunic, je ne pense pas que ça améliore son image. J’ai beaucoup d’estime et de respect pour cet homme, mais si vous êtes déconnecté de ces générations-là, vous passez vraiment pour un ringard. C’est ça qui est important."

Propos recueillis par Antoine Maes