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Présidentielle: "Le tout sauf Le Pen a encore une fois été plus fort que le tout sauf Macron"

C'est la première fois qu'un président de la République est réélu hors cohabitation. Pourtant, malgré ce fait historique, la réélection d'Emmanuel Macron est plus la conséquence d'un vote de barrage au Rassemblement national de Marine Le Pen qu'une adhésion aux idées du président sortant, selon le président de l'institut de sondage Elabe Bernard Sananès.

C’est un sentiment mitigé qui doit prédominer dans le camp d’Emmanuel Macron ce lundi matin, au lendemain de la réélection du président sortant. D’abord un sentiment de satisfaction, car en effet, Emmanuel Macron est sorti vainqueur de son duel face à Marine Le Pen en récoltant 58,54% des voix. Mais en même temps, ni l’abstention ni le score très élevé du RN ne permettent une satisfaction totale.

“Il y a un double paradoxe dans cette élection. C’est une double première fois. C’est la première fois qu’un président de la République hors cohabitation est réélu pour un deuxième mandat ce qui est une performance notamment dans le contexte qu’il a abordé. Ça, c’est le côté positif pour Emmanuel Macron. Mais c’est aussi la première fois, que la droite de la droite, le Rassemblement national, obtient un tel score à l’élection présidentielle. Et donc c’est ce contraste qui rend l’élection très intéressante et riche de plusieurs enseignements”, explique sur RMC Bernard Sananès, président de l’institut de sondage Elabe.

13,6 millions d'abstentionnistes

Selon lui, il n’y a pas eu, comme en 2017 ou même en 2002, un front républicain contre le Rassemblement national.

“Il n’y a pas eu de front républicain institutionnel. Mais il y a eu quand même un front républicain citoyen. On l’a vu dans l’attitude d’une partie des électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui se sont partagés à peu près à part égale. 44% auraient choisi l’abstention et près de 4 sur 10 auraient choisi de voter pour Emmanuel Macron. Le tout sauf Le Pen a encore une fois été plus fort que le tout sauf Macron”, assure-t-il.

L’autre chiffre phare de cette élection, c’est bien évidemment l’abstention. Avec 28,01% de personnes qui ne se sont pas rendues aux urnes, elle n’avait jamais été aussi forte depuis 1969.

"Ça représente 13,6 millions de personnes qui n’ont pas été voter dimanche sur les 48 millions que compte le corps électoral. Si on ajoute à ça les 3 millions de bulletins blancs et nuls, on voit bien que près d’un tiers des électeurs ont choisi de ne pas exprimer d’intention de vote, comme s’ils considéraient que ce scrutin ne les concernait pas. Comme s’ils voulaient se mettre à distance de ce scrutin”, analyse Bernard Sananès.

Guillaume Descours