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Pénurie de médecins: l'intérim, "un cancer pour l'hôpital" qui se répand

Les offres d'intérim se multiplient dans les hôpitaux face au manque de médecins. Et pour certains d'entre eux, la question de devenir intérimaire se pose de plus en plus, car ces derniers sont bien mieux payés notamment.

Face à la pénurie de médecins dans les hôpitaux, les offres en intérim se multiplient. Une solution au manque d’effectif qui n’est pas sans conséquence car les médecins remplaçants sont beaucoup mieux payés que les titulaires et coûtent donc beaucoup plus cher à l’hôpital.

Après sept années d'exercice à l'hôpital public, Cécile Chopard, médecin anesthésiste, a opté pour l'intérim et elle y trouve son compte. “C’est vraiment la liberté pour moi qui me fait conserver ce statut. Une semaine je fais lundi, mardi, jeudi, une autre je fais mardi, jeudi, vendredi… C’est un planning qui est variable et qui est en journée et en semaine”, décrit-elle.

Autre avantage, en dix jours travaillés, elle perçoit son ancien salaire mensuel. Une différence que ne comprend pas Jehane Fadlallah, médecin à l'hôpital Saint-Louis à Paris.

"Je ne comprends pas la logique de payer beaucoup plus cher des gens ponctuellement, qui ne constituent pas une équipe. Une équipe, c’est fondamental, c’est la mémoire du service. Si tous les jours, il faut reformer quelqu’un, ce n’est pas possible. On ne peut pas oublier ce qu’on a acquis. Ce n’est pas pareil d’avoir une aide-soignante experte, une infirmière experte, un agent hospitalier expert… Tous ces métiers sont indispensables et spécialisés. On ne peut pas déshabiller Paul pour habiller Jacques en pensant que ça va marcher. Ça ne marche pas, ce n’est pas bien pour les patients", assure-t-elle sur RMC ce mardi matin.

L'intérim est séduisant et pas si précaire. Cécile Chopard reçoit des dizaines d'offres chaque jour. “Avant, les hôpitaux nous appelaient directement pour nous proposer tel ou tel jour. Maintenant, c’est un catalogue en fait. Et on trouve des offres pour l’hôpital de Fréjus, de Saint-Tropez, de Nice…”, indique-t-elle.

Revaloriser les soignants, l'unique solution?

Même dans les régions attractives, les hôpitaux manquent de médecins. Et l'intérim est malheureusement indispensable selon Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France.

“On sait que l’intérim est un cancer pour l’hôpital parce que ça coûte cher, parce que ça met dans les équipes des médecins qui sont de passage, qui ne connaissent pas bien les patients, mais malheureusement on ne peut pas s’en passer parce que sinon on ferme des services et ce n’est pas souhaitable non plus”, indique-t-il.

Pour Jehane Daflallah, le nombre croissant d'intérimaires est dû à la dégradation des conditions de travail à l'hôpital.

"L’institution publique n’a rien fait pour valoriser, respecter le travail de ses titulaires, et les attirer. Et ne s’est pas rendu compte de la dégradation majeure des conditions de travail. Donc il y a eu des départs en masse. Ce ne sont pas des gens qui sont partis pour l’argent. L’équipe de gastro-entérologie de Beaujon qui s’installe dans le privé, c’est une équipe de renommée mondiale, des férus du service public. Ils ne sont pas partis dans le privé pour l’argent, mais pour les dysfonctionnements. Ils ne pouvaient plus travailler correctement à l’hôpital Beaujon. C’est parce qu’il y a ces trous-là qu’ils sont comblés par des intérimaires, qui exercent leurs conditions. C’est la loi du marché", assure-t-elle.

Pour briser le cercle vicieux du recours à l'intérim, Frédéric Valletoux plaide pour une revalorisation des salaires des médecins, mais aussi des infirmiers.

Guillaume Descours avec Caroline Philippe