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"Une volonté de ne pas alarmer l'opinion": les chiffres des accidents de trottinettes sous-estimés

À Lyon, le nombre d’accidents a été multiplié par sept depuis l'arrivée des trottinettes en libre-service, d'après l'urgentiste Gilles Bagou, qui a mené une enquête, révèle le JDD. Un chiffre largement différent de ceux communiqués par la Sécurité routière, qui prennent en compte uniquement les cas graves. Pour Arnaud Kielbasa, vice-président de l'Apacauvi (association philanthropique d'action contre l'anarchie urbaine vecteur d'incivilités), il faut agir.

Les accidents ont bien augmenté depuis l'arrivée des trottinettes électriques en libre-service, d'après une étude menée par un urgentiste lyonnais. Il y a eu 7,3 fois plus d'accidents en 2019 à Lyon par rapport à la moyenne des trois années, affirme Gilles Bagou, dans le JDD.

Il s'est basé sur un registre qui détaille les raisons qui mènent les patients à l'hôpital. Le médecin estime que si une étude similaire était menée à l'échelle nationale, elle aboutirait aux mêmes conclusions.

Ces chiffres sont très différents de ceux publiés par la Sécurité routière, car ces derniers ne prennent en compte que les cas graves.

"Il y a une volonté de la Sécurité routière de ne pas alarmer l'opinion et le thermomètre n’indique pas la température réelle", affirme Arnaud Kielbasa, vice-président de l’Apacauvi (association philanthropique d'action contre l'anarchie urbaine vecteur d'incivilités), sur RMC ce lundi.

"Cela légitime notre combat"

Pour l'association, cette nouvelle étude est très importante. C'est la seule qui dénombre véritablement le nombre d'accidents au total. "Cela légitime notre combat qui dure depuis trois ans pour dénoncer l'impact énorme des trottinettes", explique Arnaud Kielbasa. Ils n'ont plus à se baser uniquement sur les personnes qui les contactent au quotidien.

Contacté par nos confrères du JDD, le ministre délégué aux Transports, Clément Beaune, a dit réfléchir à la régulation de l'usage des trottinettes. Cependant, il n'a évoqué que des pistes et pas de concret. Parmi celles-ci, le port obligatoire du casque, la vérification de l'âge des utilisateurs, ou encore des sanctions strictes lors de l'utilisation d'un téléphone en conduisant, par exemple.

"Le ministère a toujours été à la remorque sur cette question des nouveaux moyens de déplacement. Il a conçu une loi en 2019 qui s’appelle la loi Lom (Loi d’orientation des mobilités) qui donne la main aux mairies pour réglementer le déploiement des flottes de trottinettes électriques sur leur domaine public. Le principe de base du ministère, c’est de ne pas interférer, donc on n’attend hélas pas grand-chose de lui", ajoute le vice-président de l'Apacauvi.

Des assurances qui excluent la plupart des cas

Par conséquent, l'association demande aux collectivités de "muscler les appels d'offres" pour "imposer des choses très contraignantes aux opérateurs", notamment sur la question des assurances.

Si quelqu'un est renversé par une trottinette par exemple, "vous êtes couvert par l’assurance de la société de trottinettes électriques mais leurs conditions générales vont exclure la plupart des cas". Pour autant, l'association rappelle qu'elle ne plaide pas pour une interdiction mais "pour alerter".

"70 sénateurs ont déposé un projet de loi qui va être étudié en janvier, pour modifier la réglementation et être beaucoup plus strict", conclut Arnaud Kielbasa.

AB