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Ukraine: "Les Russes ont bombardé plus de 500 structures de santé" témoigne un médecin formateur

La guerre en Ukraine a commencé il y a plus de 250 jours. Entre les bombardements et les exactions, les soignants ont dû se former à la médecine de guerre. Raphaël Pitti, médecin humanitaire, s'est rendu en Ukraine pour transmettre son savoir. Invité d'"Apolline Matin" sur RMC et RMC Story ce mercredi, il raconte.

La guerre en Ukraine s'enlise, même si les Ukrainiens montrent une forte résistance depuis le début de l'invasion et ont regagné du terrain dans l'Est. Les civils ne sont pas épargnés. Pire, ils sont parfois la cible des Russes. Afin de venir en aide aux personnes blessées, les soignants doivent être formés à la médecine de guerre. Raphaël Pitti, médecin humanitaire, est allé déjà quatre fois en Ukraine pour aider ses confrères sur place.

Il raconte, dans "Apolline Matin" ce mercredi sur RMC et RMC Story, qu'il y a comme une séparation en deux dans le pays. Une partie à l'Est qui vit vraiment la guerre au quotidien, avec toutes ses conséquences, et une autre dans le reste de l'Ukraine où la situation est relativement stable.

"Quand on est très loin, à 1.200 km, à Lviv par exemple, la vie est tout à fait normale. Vous avez même des touristes dans les rues, avec le petit train qui permet de visiter la ville", a-t-il expliqué.

Quatre séjours en Ukraine

C'est justement à Lviv que lui et l'ONG UOSSM (Union des organisations des secours et soins médicaux) ont ouvert un centre de formation. Ils sont allés en Ukraine à quatre reprises déjà, dont une fois à Kharkiv, à l'Est.

"Nous avons considéré qu’il valait mieux se rapprocher de la zone de guerre pour toucher plus les médecins qui sont directement concernés par la guerre. Concrètement, nous formons des formateurs, qui forment à leur tour, et nous distribuons aussi des échographes", ajoute-t-il.

Sur place, la vie est très complexe. "La ville a été complètement désertée par sa population, les bâtiments ont été bombardés et sont recouverts de bois pour refermer les vitres, il n’y a pas de chauffage et peu d’électricité. Les nuits, on est dans le noir complet car les Russes tirent depuis la frontière et vous passez votre temps entre la chambre et la cave à attendre", décrit Raphaël Pitti.

"Avec l'échographe, en trois minutes, il y a un bilan"

L'échographe est un outil essentiel pour les médecins et notamment dans un cadre de guerre. C'est la raison pour laquelle il insiste dessus. "C’est fondamental, pour assurer un meilleur triage en toute sécurité et savoir quel est le patient qui mérite une intervention chirurgicale et celui qui n’en mérite pas, par exemple. Avec l’échographe, en trois minutes, vous êtes en mesure de faire un bilan."

Sa connaissance des territoires de guerre et notamment de ses nombreuses expériences en Syrie sont d'une aide précieuse.

"Ce que j’ai vécu ces dix dernières années en Syrie, comme les exactions contre la population, la terreur amenée par Wagner, les meurtres, les bombardements systématiques des hôpitaux, entre autres, c’est la manière de faire la guerre pour la Russie et donc ils font aussi comme ça en Ukraine", souligne Raphaël Pitti.

C'est justement parce qu'ils savaient comment cela allait se passer qu'ils ont décidé d'aller en Ukraine. "Nous savions que les civils et les hôpitaux seraient directement impactés. Plus de 500 structures de santé ont été bombardées par les Russes en Ukraine", ajoute-t-il.

Quelle issue au conflit?

Si les Ukrainiens continuent de résister, ils sont en difficulté sur certains plans comme l'énergie. Les Russes s'en prennent à leurs structures énergétiques pour les empêcher d'avoir accès à l'électricité ou à l'eau. "Nous avons connu ça à Alep (Syrie) pendant six mois, c’est la stratégie qui a toujours été adoptée par les Russes: mettre en situation de terreur la population pour la faire céder."

D'après lui, l'issue du conflit dépend des Occidentaux. "L’Allemagne est passée en récession, la France est en situation de difficulté. Est-ce que nous sommes capables de résister avec les Ukrainiens face à la Russie?", s'interroge-t-il.

Astrid Bergere