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Plainte pour violences conjugales: "J’aurais eu le temps de mourir 40 fois" témoigne une victime

Malgré des avancées, la prise en charge des violences conjugales dans les commissariats et les gendarmeries n'est pas optimale. Le 13 décembre dernier, une femme de 24 ans s'est présentée au commissariat de Blois (Loir-et-Cher) pour porter plainte contre son ex-compagnon. Problème: on lui demande de revenir le lendemain. Deux heures plus tard, l'homme a tenté de la tuer. Elle se trouve toujours dans le coma, une semaine après les faits.

Manque de formations, mais aussi de temps et de personnel. La prise en charge des violences intra-familiales, notamment les violences conjugales, par les forces de l'ordre s'améliore, mais est loin d'être suffisante.

Les associations dénoncent régulièrement des situations ubuesques vécues par les victimes dans les commissariats ou les gendarmeries. À Blois (Loir-et-Cher), le 13 décembre, ce défaut de prise en charge a eu des conséquences dramatiques. Une jeune femme de 24 ans s'est présentée au commissariat pour porter plainte contre son ex-compagnon. Là-bas, les agents lui ont demandé de revenir le lendemain.

Deux heures plus tard, l'homme s'en est pris violemment à elle. Il lui a donné des coups de pied "d'étranglement". La jeune femme se trouve toujours dans le coma, une semaine après les faits. De son côté, l'homme a été interpellé et a reconnu les faits. Il a, cependant, nié avoir eu l'intention de la tuer.

L'IGPN a été saisie de l'affaire

Ce déchaînement de violence aurait-il pu être évité? Que s'est-il passé dans ce commissariat pour que les alertes de la jeune femme ne soient pas prises au sérieux? L'IGPN, la police des polices, a été saisie pour éclaircir la situation.

Pour autant, cette réponse obtenue par la victime est loin d'être un cas isolé. Il faut parfois attendre deux, trois, quatre ou sept jours pour obtenir un rendez-vous pour porter plainte. Un temps très long pour les victimes, angoissées et surtout, la possibilité pour les auteurs des faits de commettre des violences.

Doriane, auditrice de RMC, est intervenue dans l'émission "Les Grandes Gueules", ce mardi. Victime de violences conjugales, elle a porté plainte à plusieurs reprises. L'accueil au commissariat n'a pas été satisfaisant à, au moins, deux reprises.

"J’avais trouvé ça hyper violent"

"Un samedi matin, je me déplace au poste de police pour aller déposer plainte. Ils m'ont dit de revenir le lundi matin. J’avais trouvé ça hyper violent, surtout qu'on avait déjà eu un premier procès à la suite duquel il avait été condamné. Durant tout ce temps, je ne suis pas rentrée chez moi. J’aurais eu le temps de mourir 40 fois, mes enfants aussi", déplore-t-elle.

Au moment où elle avait voulu porter plainte pour la première fois, les choses n'avaient pas été meilleures. "Il avait littéralement retourné tout mon appartement, j’avais un couteau de 20 cm enfoncé dans mon frigo. J’ai dû négocier pendant 15 minutes au téléphone pour que la police accepte de venir. Ils ont fini par l’embarquer, et m’emmener au commissariat pour déposer plainte. Quand on est arrivés, il n’y avait personne pour m’entendre", ajoute-t-elle.

Le lendemain, Doriane reçoit un appel du commissariat. Une femme policière lui dit qu'il faut qu'elle vienne pour être entendue. Doriane répond favorablement mais précise qu'elle doit trouver un moyen pour faire garder ses enfants. "Débrouillez-vous, toquer chez vos voisins", lui aurait répondu la policière au bout du fil.

Des accueils traumatisants aux lourdes conséquences

Finalement, elle décide d'y aller avec ses enfants. "C'était traumatisant", explique Doriane. Pire encore: "Pendant l’audition, elle a été tellement désagréable, que je me suis levée et je suis partie en plein milieu".

Ce genre d'accueil peut être vécu comme un traumatisme et peut repousser les victimes à revenir porter plainte. Depuis quelques années, les forces de l'ordre sont de plus en plus formées à l'accueil et au traitement de ces dossiers particuliers.

Dans les Yvelines, par exemple, les policiers municipaux peuvent, sur la base du volontariat, participer à une journée de formation. Ils y apprennent, entre autres, le mécanisme et le cercle vicieux des violences conjugales. Pourquoi une victime reste? Comment réagir en cas d'alerte? Comment reconnaître ce type de violence? Des questions auxquelles beaucoup n'avaient pas de réponse.

La justice s'interroge aussi sur les suites à donner à ces violences. Dans les peines prononcées, il est régulièrement question de suite un stage de sensibilisation aux violences conjugales.

Des stages de sensibilisation aux violences utiles?

Robert a été violent à l'encontre de son épouse à une reprise. Alcoolisé, il est rentré chez lui énervé. Il s'en est pris au mobilier puis en est venu aux mains avec son ex-épouse. Cette dernière prend logiquement peur et contacte la gendarmerie, qui intervient rapidement. Il a également témoigné sur RMC, dans les "Grandes Gueules", ce mardi.

"J’ai honte de ma connerie. J'ai demandé à voir un psychologue en priorité, mais on m'a laissé quatre mois sans rien. J’ai fait un stage contre les violences où il fallait pouvoir franchement parler de ce qu’il s’est passé. Je me suis retrouvé avec 11 personnes, et sur les 11, il n’y en a pas un qui voulait parler. Je leur ai dit d’assumer leur geste et qu’on n’était pas là pour rien", a-t-il expliqué.

Aujourd'hui, il a interdiction d'entrer en contact avec son ex-épouse. Il dit avoir "pris en compte tous ces événements-là" et voir "le mal qu'il a fait". "Nous les hommes, on doit avancer. Nous sommes beaucoup à être violents, à ne pas contrôler nos gestes", conclut-il.

Les femmes victimes de violences peuvent contacter le 3919. Ce numéro est gratuit, anonyme et accessible 24h/24 et 7 jours sur 7. Il ne figure pas sur les factures de téléphone. En cas d'urgence, composer le 17.

Astrid Bergere