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Si on veut un gouvernement exemplaire, il vaut mieux ne pas avoir de couac au départ

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L’annonce de la composition du gouvernement d’Edouard Philippe n’aura finalement lieu que mercredi. Ces 24 heures de retard, l’Elysée les explique par la nécessité pour la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) d’assurer "un temps de vérifications" sur la situation des futurs ministres. Pour Eric Alt, vice-président d’Anticor, c’est une démarche qui va dans le bon sens mais qui ne peut pas se suffire à elle-même.

Eric Alt est magistrat, vice-président de l’association de lutte contre la corruption Anticor.

"C’est quelque chose qui était déjà prévu par la loi du 11 octobre 2013. Simplement, elle ne prévoyait pas de délais: la nouveauté c’est l’exercice préventif de la mission de la Haute autorité. Mais cela va dans le bon sens. L’administration fiscale travaille avec la HATVP, et en 24 heures, on peut déjà avoir des éléments importants pour vérifier la situation fiscale des membres du gouvernement. Pour vérifier leurs déclarations de patrimoine. Et aussi pour apprécier les déclarations d’intérêts.

La HATVP a la possibilité de réunir un certain nombre d’éléments, mais le travail de contrôle approfondi se poursuivra. Ces éléments permettront d’éviter des cas qu’on a déjà prouvés dans le passé, comme l’affaire Thévenoud. Des ministres qui n’auraient pas procédé à des déclarations fiscales, ça, on le sait très vite. Mais des ministres qui auraient dissimulé des avoirs, ça nécessite une enquête plus approfondie.

La HATVP a certainement beaucoup plus de moyens et beaucoup plus d’indépendance que l’institution à laquelle elle succède. Ensuite, c’est vrai qu’elle dépend pour une part importante de la loyauté de l’administration fiscale. Pour l’instant, cette loyauté n’a pas été remise en cause. Mais la HATVP n’a pas les moyens elle-même de diligenter des enquêtes. C’est là un peu la limite de l’exercice. C’est quelque chose qui pourrait être renforcée. Et en ce sens, nous approuvons les propositions faites par la HATVP elle-même pour renforcer et élargir les moyens et les champs d’investigation.

"L’exemplarité ne se limite pas à cela"

A Anticor, nous souhaitons que les ministres soient exemplaires. Evidemment, ça commence par la vérification des patrimoines, des déclarations d’intérêts, des situations fiscales. Ce sont des conditions nécessaires, mais pas forcément suffisantes. L’exemplarité ne se limite pas à cela, mais c’est un point positif de procéder à ces évaluations.

Politiquement, c’est une assurance. Pour ce qui est du point de vue administratif ou pénal, c’est indifférent. Lorsqu’on a l’ambition d’avoir un gouvernement exemplaire, la vocation de moraliser la vie publique, il vaut mieux ne pas avoir de couac au départ, c’est sûr. Mais l’éthique dans la vie publique ne se limite pas à cela. Il y a un second volet qui est annoncé, c’est la loi sur la moralisation de la vie publique. Nous verrons s’il y aura de l’audace et de l’ambition ".

Propos recueillis par Antoine Maes