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Chèque alimentation: "Une grosse stupidité" pour l'agriculteur Didier Giraud

Didier Giraud, agriculteur et membre des "Grandes Gueules" sur RMC, est contre l'idée d'un chèque alimentation d'environ 50 euros pour aider les plus modestes à accéder à de l'alimentation locale de qualité.

A une semaine du second tour de l'élection présidentielle, le camp d'Emmanuel Macron (re)dégaine la carte du "chèque alimentation". Electoraliste, utile, ou les deux? Ce chèque avait été annoncé mi-décembre 2020 par Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat, et est prévu par la loi climat et résilience de juillet 2021.

Cette aide tarde à être mise en place, et a donc été remise sur la table dimanche sur France 3 par le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie. Le "principe est arbitré", mais les détails techniques restent encore à déterminer. Il devrait en tout cas être mis en oeuvre "après l'élection, au courant de l'année 2022", selon le ministre. Son montant pourrait s’élever à une cinquantaine d’euros par mois, et toucher 8 millions de Français.

"L'idée, c'est de dire (que) vous avez aujourd'hui près de 8 millions de nos concitoyens qui ont du mal à avoir accès aux productions locales, aux productions de qualité, à nos productions françaises en réalité, et donc il faut leur donner un coup de pouce pour les aider à acquérir cela", a précisé le ministre de l'Agriculture dans Dimanche en politique.

"Du foutage de gueule"

Didier Giraud, éleveur de bovins, est revenu dans Les Grandes Gueules ce mardi, surRMC et RMC Story, sur le principe de ce chèque. Même si à première vue cette aide pourrait lui être favorable, il reste contre par principe et trouve cela démagogue au niveau du timing.

"C'est une grosse stupidité. Sortir ça du chapeau entre les deux tours, alors que tu n'as pas parlé de pouvoir d'achat pendant six mois, c'est du foutage de gueule. Ce problème est beaucoup trop grave pour simplement le sortir entre les deux tours."

L'agriculteur trouve qu'il vaudrait mieux "ré-éduquer" les gens pour les inciter à cuisiner des matières premières et pas des produits sur-transformés.

"Je reste profondément hostile au fait de faire croire aux gens que la bouffe, c'est gratos. On ne peut pas faire ça. C'est dévaloriser mon travail de faire croire aux gens que ce n'est pas cher, la bouffe. Je voudrais que le gouvernement s'attaque à rééduquer les gens et à re-cuisiner à base de matières premières", lance-t-il.

"On vit dans une société où l'alimentation est devenue la variable d'ajustement"

La lutte contre la surconsommation de mauvaise qualité doit être prioritaire selon lui. Et cela passe l'éducation au "bien-manger".

"On vit dans une société où l'alimentation est devenue la variable d'ajustement. Le panier des familles en 1950, c'était 45%, aujourd'hui c'est tombé en dessous de 10%. C'est aussi les choix des gens. Il y a 50 ans, autour de chaque grande ville, il y avait un bassin de maraîchage. Cela n'existe plus. Si tu veux rendre du pouvoir d'achat, tu mets la TVA à 0% sur ces produits-là."

J.A.