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Déserts médicaux: vers des sanctions pour les médecins qui s'installent en zones déjà denses?

Le député Horizons Thomas Mesnier a déposé, contre l'avis du gouvernement, un amendement "anti déserts médicaux", qui pourrait être soumis au vote ce mardi. Objectif: réguler l'installation des médecins en restreignant le conventionnement de ceux qui s'installent dans des zones déjà denses.

Au moins six millions de personnes en France n'auraient pas de médecin traitant. Un constat alarmant à la suite duquel certains tentent de trouver des solutions.

Thomas Mesnier, député Horizons (le mouvement d'Edouard Philippe) mais aussi urgentiste de profession, a déposé un amendement qui vise à réguler l'installation des médecins. Ce texte pourrait être présenté et débattu ce mardi, contre l'avis du gouvernement.

Concrètement l'objectif est de décourager ces professionnels de s'établir dans les zones déjà bien pourvues. Il propose donc de restreindre le conventionnement des médecins qui s'installent dans ces lieux plutôt que dans les déserts médicaux: leurs patients ne seraient pas forcément remboursés.

"Ça va froisser des médecins, c'est clair"

Les mesures incitatives seraient donc toutes épuisées selon certaines associations.

"On a tout essayé, quoi faire d’autre maintenant que passer au stade de la régulation?", s'interroge Annie Fortems vice-présidente de l'association des citoyens contre les déserts médicaux.

Elle ajoute: "Ça va froisser des médecins, c’est clair, mais il faut passer au stade supérieur. C’est la seule profession médicale qui n’est pas régulée, ça n’est pas contre les médecins, c’est pour défendre les neuf millions de concitoyens qui n’ont plus accès aux soins".

Pour d'autres, la faute revient surtout à l'État. "Si personne ne veut y aller c’est parce que les pouvoirs publics ont fait en sorte que personne n’ait envie d’y aller. Il n’y a plus de poste, plus d’école, il n’y a plus rien. Pourquoi un médecin aurait envie de s’installer là?", questionne Jean-Christophe Calmes, président de l'Urps des médecins libéraux.

Davantage de mesures incitatives?

Pour lui, il faut rendre ces territoires plus attractifs et faciliter encore l'installation des médecins. "Plutôt que de les forcer, il faut les aider", ajoute-t-il.

Un sentiment partagé par l'avocate de l'Association des citoyens contre les déserts médicaux.

"Avant de passer aux mesures obligatoires, je pense qu’on n’a pas épuisé le champ des mesures incitatives de toute nature", affirme Maître Corinne Lepage.

Cela peut passer par "la mise à disposition des locaux ou une rémunération garantie et importante", concrètement c'est "faciliter l’installation au maximum en rendant quasiment nul le coût d’installation". Elle conclut: "Je pense qu’il faut essayer de tout faire pour ne pas rendre les choses obligatoires. Si l’incitation ne suffit pas il faudra passer à autre chose."

Au total, trois millions de personnes ont tout simplement décidé d'abandonner les soins, faute de médecin.

AB avec Romain Poisot