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Pourquoi la France est confrontée à une pénurie inédite de médicaments

Plus de 3.000 signalements pour pénurie ou risque de pénurie de médicaments ont été enregistrés en 2022 par l'Agence nationale de sécurité du médicament. Une pénurie inédite qui met les pharmaciens en difficulté et qu'il sera difficile de résoudre à court-terme.

Paracétamol, amoxicilline, sérum physiologique. La pénurie de médicaments est inédite. Plus de 3.000 signalements de ruptures ou risques de rupture ont été enregistrés par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en 2022, contre c'était 2.160 en 2021. Pour mesurer l'ampleur de la pénurie, il suffit d'aller dans une pharmacie et il ne faut pas plus de dix minutes pour trouver un patient victime de ces tensions.

"Sur l'ordonnance: un antibiotique et un sirop pour la toux sont en rupture. Pour la Josacyne, un collègue nous a dépanné", explique le pharmacien.

Tous les types de médicaments sont concernés: antibiotiques, pour adulte, pour enfants, sirops donc mais aussi paracétamol ou encore corticoïdes. Dans cette pharmacie, plus de 20% des médicaments ne sont pas livrés. L'Agence nationale du médicament (ANM) publie sur son site internet la liste de ces médicaments en tension d'approvisionnement. Il y a aujourd'hui plus de 300 références qui pêchent.

Des tensions mondiales

Les tensions se multiplient d'abord car demande mondiale ne cesse d'augmenter et que la production ne suit pas. À cette crise structurelle s'ajoute celle du Covid-19 et la nouvelle vague de contaminations en Chine inquiète les industriels.

"La demande en Chine est extrêmement importante et va peser sur la demande mondiale. On n'exclut pas que la Chine prenne des mesures de limitation des exportations, pour le réserver au marché national, qui pèseraient sur des chaînes d'approvisionnements qui ont une dépendance forte aux principes actifs produits en Chine", explique le docteur Thomas Borel, directeur scientifique au LEEM, le syndicat des entreprises du médicament.

Pour ne rien arranger, comme toutes les industries, l'industrie pharmaceutique est frappée par l'inflation et la difficulté d'approvisionnement en matière premières, pour les flacons ou les boites par exemple.

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Relocaliser, la solution?

Pour sortir à court terme de cette crise, l'ANM a pris une série de mesures pour limiter ces tensions. Par exemple les ventes à l'étranger de paracétamol sont interdites et, récemment, l'ANSM a autorisé les pharmaciens à fabriquer, à préparer de l'amoxicilline pour enfants. Mais pour résoudre le problème à long terme, il y a deux leviers: relever les prix pour que le marché français soit plus attractif et relocaliser ces industries en France ou en Europe.

Il y a quelques usines de médicaments sur le territoire. Et même si elles tournent à plein régime en ce moment, ce n'est pas assez pour pouvoir répondre à la demande. Dans le cadre du programme France Relance, le ministère de l'Industrie annonce 18 projets de relocalisations sur le territoire français. Mais ça risque de ne pas être suffisant:

"Un pays comme la France ne peut pas se contenter de cibler 18 molécules alors qu'on a 422 médicaments à intérêt thérapeutique majeur et plus de 2.000 tensions et ruptures d'approvisionnement. Ce n'est pas sérieux." explique Pauline Londeix, cofondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament

Pour elle, il faut une "réflexion globale" sur les molécules dont la France a besoin et qu'il faut produire localement: "On a besoin de curare, de paracétamol, mais aussi beaucoup d'autres molécules."

Sauf que la relocalisation prendra du temps: annoncée en 2020 par le président Emmanuel Macron, l'usine du groupe Seqens produira, d'ici début 2026, 10.000 tonnes de paracétamol par an en Isère. Il faudra encore attendre.

Caroline Philippe avec MM