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Abstention, vote blanc... Vers un record pour le second tour Macron-Le Pen?

Les électeurs français vont devoir élire soit Emmanuel Macron soit Marine Le Pen dimanche à l'occasion du second tour de l'élection présidentielle. Mais de nombreux électeurs peu convaincus par les programmes de l'un ou l'autre pourraient ne pas se déplacer ou voter blanc.

Les Français ont un choix à faire dimanche. Mais les électeurs pourraient être nombreux à prendre la tangente, et faire le choix... de ne pas choisir. L'abstention et le vote blanc ou nul sont une des clés du deuxième tour de l'élection présidentielle, alors que des millions de Français ne sont pas satisfaits par l'affiche proposée entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Pourtant, ce sera bien l'un des deux candidats qui dirigera le pays pour les cinq années à venir.

Après les 26,3% du premier tour, l'abstention risque, selon les prévisions, d'être aussi élevée, voire plus forte dimanche. Une tendance qui pourrait également se confirmer pour les bulletins blancs et nuls, qui avaient déjà atteint un record en 2017 au 2e tour: plus de 4 millions d'électeurs inscrits - soit 11.52% des suffrages - avaient refusé de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour. Ils n'étaient que 2,1 millions en 2012 par exemple pour le duel Hollande-Sarkozy.

Pour cette fois-ci, certains pensent que le record de 2017 pourra être battu: "Je pense qu'il y aura davantage de votes blancs et nuls, et davantage d'abstention, comparé à 2017 car de plus en plus de personnes ne feront pas barrage", prédit à l'AFP le sociologue Jérémie Moualek, qui a rédigé une thèse sur le sujet.

"Le sentiment que les politiques peinent à peser sur le cours des choses s'accroît"

Cette lassitude, qui s'est muée en désamour entre les Français et la politique, n'est pas récente, et s'est accrue un peu plus ces dernières années avec des scores de participation catastrophiques aux dernières municipales et régionales. Et si l'abstention n'a pas battu le record de 2002 au premier tour cette année, la campagne muette que l'on a connu n'a pas arrangé les choses comme le constate Stéphane Rozès, enseignant à Sciences Po Paris.

"Le contexte de la campagne marqué par la pandémie et la guerre en Ukraine donnait le sentiment que les Français n’avaient pas beaucoup de prise dans le déroulement de la campagne. La crise dans le pays s’est accrue, et a accru l’idée que les politiques peinaient à peser sur le cours des choses avec les difficultés du quotidien", explique-t-il sur RMC ce vendredi.

Un manque de contrôle des politiques liés à plusieurs facteurs selon lui, et notamment au rôle de l'Union européenne qui rend plus floues certaines décisions: "70 à 80% des décisions économiques et sociales résultent de politiques établies au niveau européen. Donc la montée en France et ailleurs de la critique à l’égard des classes dirigeantes vient du sentiment que les politiques menées échappent aux équilibres nationaux et aux us et coutumes des peuples."

"En voyant que les pauvres s’appauvrissent et les riches s’enrichissent, des gens jettent l’éponge"

Journaliste chroniqueur dans Estelle Midi et conseiller régional dans le Centre-Val-de-Loire, Périco Légasse estime que c'est un échec du monde politique de n'avoir jamais répondu à cette exaspération des Français.

"J’en veux surtout à cette classe politique et aux gouvernants qui font que certains ne croient plus en la démocratie, aux institutions et qu’on n’ait rien fait pour que ça change. En voyant que les pauvres s’appauvrissent et les riches s’enrichissent, des gens jettent l’éponge", note-t-il.

Des abstentionnistes qui ne sont pas pour autant totalement déconnectés de la vie politique selon Stéphane Rozès: "En France même les abstentionnistes ont une exigence politique. C'est la différence avec d'autres pays. Ils sont déçus ou interrogatifs sur la capacité du politique à influer sur le cours des choses"

Et pourtant des millions de Français vont tout de même se rendre aux urnes ce dimanche. "L’abstention c’est vouloir que la démocratie disparaisse finalement. On laisse les autres choisir pour nous, c’est absurde", dénonce Christian, auditeur RMC. Reste à voir combien l'imiteront.

J.A.