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Inégalités, difficultés en maths, recrutement: comment remettre le système éducatif à niveau?

Selon le rapport Pisa, qui mesure l'efficacité des systèmes éducatifs, les écarts de niveau entre les élèves français sont très importants. Inégalités sociales, enseignants pas assez formés, difficultés en maths, les raisons sont nombreuses. Explications d’Eric Charbonnier, expert éducation à l'OCDE, sur RMC.

Le niveau scolaire des élèves français est dans la moyenne du rapport Pisa, programme international pour le suivi des acquis des élèves. Mais, l’écart de réussite entre les bons et les mauvais élèves est important. L'augmentation de cet écart s'est toutefois ralentie.

"Dans toutes mes classes, il y a toujours eu d’énormes écarts: ceux qui avaient moins de la moyenne et ceux qui avaient 16", confirme Jade, en 3e au collège Pierre de Ronsard dans le 17e arrondissement de Paris. "Il y a un groupe qui fonctionne, l’autre qui ne fonctionne pas et je trouve que ceux là sont délaissés", insiste son ami Guillaume.

La France fait partie des pays où les inégalités scolaires sont les plus grandes.

"C’est le grand écart. Notre système d’éducation privilégie les bons élèves et ne fait pas assez pour ceux qui ont des difficultés. C'est très français. La France fait partie des pays où les inégalités scolaires sont les plus grandes. Il y a aussi des difficultés sociales: quand on vient d’un milieu social défavorisé, on a moins de chance de réussir dans le système français qu’ailleurs", analyse Eric Charbonnier, expert éducation à l'OCDE, sur RMC jeudi matin.

Les maths, point noir de l'enseignement français

Autre point noir de l’enseignement français: les mathématiques. Avec la réforme Blanquer qui permet aux élèves de choisir leur spécialité, une grande partie d’entre eux se détournent des maths: seulement 37% prennent cette spécialité. Et pour ceux qui ne la choisissent pas, l’enseignement obligatoire du tronc commun est très pauvre, avec deux heures d’enseignement scientifique par semaine. Résultat: le niveau des petits Français en maths ne cesse de baisser. Le dernier classement TIMMS, classement international sur l’enseignement des maths, place la France au dernier rang de l'Europe, et 40e dans les pays de l’OCDE, derrière l’Albanie et le Kazakhstan.

"Dès que je pourrais arrêter les maths, j’arrêterais. Parce que ce n’est pas une matière qui m’épanouit", avoue Guillaume, collégien. "L’an dernier, ma prof s’énervait quand quelqu’un ne comprenait pas, en disant qu’elle l’avait déjà expliqué. Moi j’ose pas trop demander. C'est pour ça que pendant les contrôles je rends parfois des copies presque vides. Quand je ne comprends pas les cours, je vais voir sur Youtube. Parfois les vidéos de dix minutes, condensées, sur un chapitre, nous apprennent plus que tout le cours de 4 ou 5 heures", raconte Arthur, lui aussi élève de 3e.

Le problème du niveau en maths commence bien avant le lycée.

Pour lutter contre les difficultés rencontrées par les jeunes français en mathématiques, Jean-Michel Blanquer a fait machine arrière et a annoncé qu'ils seraient de retour dans le tronc commun en première et en terminale. Une consultation a été lancée en février. "Le problème du niveau en maths commence bien avant le lycée. On le voit dans les statistiques internationales: les CM1 sont en queue de peloton parmi les pays européens. Il faut mieux former les enseignants d’écoles maternelles et élémentaires. La plupart ont des formations de littérature et des sciences humaines, ils ne sont pas préparés aux enjeux mathématiques. Eux-mêmes se déclarent complexés pour enseigner les mathématiques à des élèves en difficulté", développe Eric Charbonnier.

Perte d'attractivité et problème de rémunération

Alors comment améliorer le niveau des élèves quand l’Education nationale rencontre dans le même temps de grande difficulté pour recruter des enseignants? Le nombre de candidat aux CAPES baisse. "C’est un grand problème. On a une perte d’attractivité du métier d’enseignant, surtout en maths. Car l’enseignement privé propose de meilleurs salaires, que le métier est anxiogène. Il y a une pénurie dans certaines académies. A Créteil, on ne trouve pas de profs de maths, mais en Bretagne, on en trouve", explique encore Eric Charbonnier.

Le problème de la rémunération est pointé du doigt: en France, un enseignant débutant gagne 9% de moins que la moyenne des pays de l’OCDE, et 20% de moins après dix ans d’exercice. Mais Eric Charbonnier veut aussi évoquer la question du "bien être enseignant": "le climat scolaire s’est dégradé. Il faut mieux les former pour être préparer au métier".

L’expert de l’OCDE a également été interrogé sur la proposition d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle de laisser "plus l’autonomie aux établissements". "Une bonne idée", estime Eric Charbonnier. "Dans deux tiers des pays de l’OCDE, les chefs d’établissement sont impliqués dans le recrutement des enseignants. Si on veut aller dans cette direction, il faut mieux former nos chefs d’établissement. Aujourd’hui, ils ont un rôle administratif mais ne sont pas du tout impliqué sur la partie pédagogique du métier", a-t-il conclu.

LL