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"Le problème numéro 1 du quinquennat": Emmanuel Macron confronté à la question du trafic de drogue

Après un premier quinquennat marqué par la mise en place d'amendes forfaitaires pour la consommation de cannabis, Emmanuel Macron va être de nouveau confronté à l'insécurité et au trafic de drogue. Car si les saisies de drogue augmentent en France, les points de deals se multiplient et naissent désormais dans des petites villes. Et une arrivée massive de cocaïne sur le territoire menace.

Sous son premier quinquennat, Emmanuel Macron n'a pas réussi à endiguer le trafic de drogue malgré des innovations en la matière. Réélu, le président de la République va de nouveau être confronté au défi des trafics alors que la France est le plus gros consommateur de cannabis d'Europe notamment.

"Cela dépasse Emmanuel Macron mais aussi tous les gouvernements depuis 20-30 ans. Aucun gouvernement n'a réussi à enrayer cette hausse", assure ce mardi sur RMC Frédéric Ploquin, grand reporter spécialisé dans le banditisme et la police, qui évoque une croissance "exponentielle" de l'économie de la drogue en France: "Il y a une multiplication des quartiers gangrénés et plus seulement autour des grandes villes. Aujourd'hui il y a des règlements de comptes dans des quartiers excentrés, dans des petites villes, comme à Carpentras ou Dijon", constate-t-il.

"La drogue est le cœur nucléaire du crime"

"La drogue va être le problème numéro un du quinquennat concernant la lutte contre l'insécurité réelle et contre le sentiment d'insécurité", ajoute le journaliste évoquant toute la criminalité qui découle du trafic:

"Le trafic de drogue, ce n'est pas seulement le fait de vendre. La drogue est le cœur nucléaire du crime. Ça engendre des assassinats, du blanchiment, toute sortes de violences et ça pourrit la relation entre la police au quotidien et les jeunes avec une multiplication des outrages et des attaques".

Alors comment endiguer ce trafic, qui n'a pas cessé d'augmenter sous le premier quinquennat d'Emmanuel Macron malgré de nouvelles mesures comme l’usage massif des amendes forfaitaires délictuelles et le harcèlement des points de deal?: "Il y a déjà eu une prise de conscience de l'ampleur du phénomène. Il y a eu une prise de conscience de la part du ministère de l'Intérieur, c'est une première chose".

Pourquoi la légalisation est exclue

Le 17 mars 2022, le candidat Macron déclarait ne pas être favorable à la légalisation du cannabis. En 2016, il assurait pourtant "que la légalisation" avait "une forme d’efficacité". Un changement de stratégie que Le Monde impute au ministre de l’Intérieur lui-même, Gérald Darmanin.

Pour dissuader les consommateurs, la place Beauvau s’est appuyée pendant 5 ans sur l’usage massif des amendes forfaitaires délictuelles et le harcèlement des points de deal, sans résultats véritablement probants.

"Certains pays ont tenté la légalisation, mais aucun n'arrive vraiment à contrôler la pieuvre mafieuse derrière cela. Car derrière nos petits points de deal, il y a des organisations internationales qui produisent cette drogue. Le problème est à l'échelle internationale. Après dans les quartiers, il faut une présence accrue et régulière pour reconquérir ces bouts de territoire où les habitants se sentent abandonnés", prévient Frédéric Ploquin.

La cocaïne, la nouvelle menace pour la France?

Il pointe aussi la surconsommation en France où taper sur les points de deal ne les empêche pas de renaître: "On a environ 4.000 points de deal en France et une multiplication des territoires gangrénés, dans des coins inattendus, excentrés. On peut en casser quelques-uns mais on peut être sûr qu'ils vont renaître".

Car les consommateurs en France sont toujours plus nombreux: 700.000 Français consommeraient quotidiennement du cannabis et 250.000 de la cocaïne. La cocaïne pourrait d'ailleurs être le prochain défi en France

"Il y a une dynamique en matière de cocaïne. Les producteurs ont du matériel sur les bras et certains en Colombie voient la France comme le nouvel eldorado. Les producteurs ont saturé le marché américain. Le produit est moins cher et il faut déstocker et inonder le marché. Les producteurs ont les moyens de perdre de la marchandise", avertit Frédéric Ploquin.

Fin janvier, les résultats publiés par les forces de l'ordre en 2021 dans la lutte contre les trafics de drogue n'avaient jamais été aussi élevés: 96 tonnes de cannabis ont notamment été saisies en 2020. Depuis son introduction place Beauvau, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a fait de ces saisies sa priorité et juge, de fait, ces résultats comme "historiques".

Guillaume Dussourt